LA GRATUITE, UNE UTOPIE REALITAIRE

Texte publié par la revue Mouvements, dossier sur « Le nouvel esprit utopique », n° 45/46, mai/juin 2006

Ambroise Croizat, le ministre de la Libération qui a institué la Sécurité sociale

Ambroise Croizat, le ministre de la Libération qui a institué la Sécurité sociale

Le marché capitaliste adore nous entendre gémir sur ses victoires, même lorsque la plainte s’entoure d’imprécations hostiles. Il est aux anges quand, médusés par sa puissance mais oublieux de la nôtre, nous lui offrons l’hommage de notre amertume désabusée. Or, placée tout à la fois dans notre présent et sur notre horizon, la gratuité porte un renversement possible du rapport de l’action politique à l’utopie.

Le marché nous obnubile et c’est normal. Il mord désormais sur tant d’espaces dont nous pensions qu’ils resteraient exceptés par nature de ses lois. Des expressions vécues naguère comme obscènes, impossibles, se sont benoîtement installées dans le langage courant : je suis sur le marché du travail, je vaux trente mille euros par an, il faut que j’apprenne à mieux me vendre… Et nous avons presque oublié qu’il y a seulement vingt cinq ans, les prononcer nous aurait fait expulser avec dégoût de toute honnête conversation. Alors le marché nous obnubile et c’est normal. Au point de penser qu’il règne absolument. Le marché mord chaque jour sur de nouveaux espaces. Cette morsure nous obnubile et nous incline à penser qu’il règne absolument.

Il ne règne pas absolument. D’un certain point de vue, malgré sa boulimie contemporaine et son obésité subséquente, on peut même dire qu’il est placé en marge de notre existence, en périphérie d’un axe vital qui n’est pas le marché, qui est le non-marchand, et singulièrement le gratuit. Lire la suite

LE POUVOIR DES DOMINEES

Texte d’une conférence donnée dans le cadre du séminaire « Le pouvoir a-t-il un sexe », publié en 2012 dans les « Actes » de la Fondation Gabriel Péri. 

 C’est la famine. Il y a des cadavres d’animaux partout. On voit mourir les ânes au pied des épineux. Toute la région sent la charogne. Quelques années plus tard, la mère d’un ami, qui a vécu ça, me dit «  Quand nous avons commencé à ne plus avoir de nourriture, je ne voulais pas que les gens le sachent, je ne voulais pas que les voisins se sentent obligés de nous donner à manger. Chaque matin, je mettais de l’eau dans la marmite et je faisais semblant de faire la cuisine »

depositphotos_10441182-Vladimir-Lenin-and-Clara-Zetkin Voici quatre histoires qui me semblent aider à comprendre ce que le mouvement d’émancipation des femmes apporte au mouvement d’émancipation en général, à la compréhension de ce qu’est l’émancipation humaine.

1 – La femme qui avait des pertes de sang.  

La première histoire est tirée de l’évangile, l’histoire d’une femme de religion juive qui souffre d’une infirmité féminine. Elle est atteinte de saignements permanents et cela, dans une religion qui entoure d’interdits extrêmement sévères les femmes qui sont dans la période de leurs règles. Elles ne doivent pas toucher quelqu’un d’autre, on ne doit pas s’asseoir là où elles se sont assises, il y a vraiment une liste très impressionnante d’interdits qu’on peut lire dans la Torah, et qui isolent pendant cette période les femmes du reste de la société. Leur impureté rituelle les écarte notamment de tout ce qui est rite religieux. Elles sont également exclues du rapport à leur Dieu, dans une époque où l’incroyance est quasiment inexistante. La vie spirituelle, la vie culturelle, les rapports aux gens sont alors très informés par le rapport à Dieu et cette loi fait qu’il y a un moment dans la vie des femmes qui leur interdit le rite, la prière, les sacrifices… Lire la suite

QUELQUES VERTUS DE LA GRATUITE

Texte publié dans l’ouvrage collectif « Pour la gratuité des services publics » coordonné par Paul Ariès, Editions Golias 2010

Ecoutons le silence qui règne entre les rayonnages de l’hypermarché, ce vide, souvent nappé d’un sirop musical, grâce auquel notre attention tout entière est captivée, capturée par la marchandise. Nous y marchons seuls, guidés par l’image des produits vers lesquels nous conduit la soif publicitaire, soif que ne doit éteindre aucune satisfaction. Au marché, on se parlait encore. A l’hypermarché, le tête à tête avec la marchandise ne souffre aucune perturbation, aucun autre échange. La fragmentation des communautés humaines y trouve son aboutissement. 

Le rond-point fleuri est offert à la contemplation de tous. La plupart d'entre nous respectent cette gratuité et achètent leurs tulipes chez le fleuriste.

Le rond-point fleuri est offert à la contemplation de tous. La plupart d’entre nous respectons cette gratuité et achetons nos tulipes chez le fleuriste.

 1 – La gratuité existe et nous en avons la boussole.

Souvent, l’air du temps nous obnubile et nous avons comme un penchant mélancolique à nier la possibilité même de la gratuité : « Tout se vend, tout s’achète ». Ce n’est pas vrai. Quand nous rentrons en nous-mêmes, nous savons bien que l’essentiel est sans prix. L’amitié, mais aussi la haine submergent toute idée de vénalisation. Aux objets que nous aimons, nous accordons une « valeur sentimentale » qu’il est impossible de monnayer. L’enfant qui croque une pomme cueillie sur le chemin ou placée par ses parents dans sa sacoche pour le goûter n’a pas le sentiment de mordre un billet de banque. Il existe un continent des gratuités qui nous est absolument essentiel et dont tous nous avons la boussole.

Je suis fleuriste et mon commerce est situé en face d’un rond-point fleuri. Pourtant, c’est chez moi que les clients viennent acheter les tulipes. A quelques exceptions près, ils laissent au plaisir de tous les tulipes du rond-point. Ils n’ont pas besoin de se torturer la cervelle pour comprendre que ce plaisir financé par tous est fait pour l’agrément de tous. Quant aux tulipes qu’un monsieur bien mis vient de m’acheter, je sais déjà que leur destinée de marchandise s’arrête au moment même où j’en encaisse le prix. Bientôt, elles seront transmuées en signe de tendresse conjugale (ou extra conjugale) et sortiront ainsi de l’univers interchangeable qui donne à un bouquet la même « valeur » qu’à un bidon de détergent.

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ET SI JESUS N’AVAIT JAMAIS CONDAMNE LE DIVORCE ?

Texte écrit pour un ami catholique et divorcé qui souffre d’être retranché de la communion

La morale familiale ou sexuelle est quasiment absente des Evangiles. Lorsqu’elle apparait, c’est de façon très paradoxale. Quand Jésus croise une prostituée – Marie de Magdala – ou une femme adultère qu’on s’apprête à lapider, il les protège. Une question piège lui est posée sur la rupture du mariage telle qu’elle se pratique alors et sa réponse s’affranchit lumineusement de la coutume sous l’effet de sa compassion pour celles qui en sont victimes. La procédure que nous appelons divorce est impensable à l’époque. Il n’en dit donc rien. 

L'épisode évangélique de la

L’épisode évangélique de la « femme adultère », par Lorenzo Lotto

Voici ce que l’évangéliste Matthieu rapporte de la seule allusion de Jésus au mariage :

«  Des Pharisiens s’approchèrent de (Jésus) et lui dirent, pour le mettre à l’épreuve : « Est-il permis de répudier sa femme pour n’importe quel motif ? » Il répondit : « N’avez-vous pas lu que le Créateur, dès l’origine, les fit homme et femme, et qu’il a dit : Ainsi donc l’homme quittera son père et sa mère pour s’attacher à sa femme, et les deux ne feront qu’une seule chair ? Ainsi ils ne sont plus deux, mais une seule chair. Eh bien ! Ce que Dieu a uni, l’homme ne doit point le séparer ». « Pourquoi donc, lui disent-ils, Moïse a-t-il prescrit de donner un acte de répudiation quand on répudie ? » « C’est, leur dit-il, en raison de votre dureté de cœur que Moïse vous a permis de répudier vos femmes ; mais dès l’origine il n’en fut pas ainsi. Or je vous le dis : quiconque répudie sa femme – sauf pour « prostitution » (porneîa) – et en épouse une autre, commet un adultère ». Si une femme qui a renvoyé son mari en épouse un autre, elle aussi devient adultère. » Mt 19, 1-9.

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DES IGNORANCES DISCRIMINANTES

Ce texte a été publié dans l’ouvrage collectif initié par le GFEN « Pour en finir avec les dons, le mérite, le hasard », éditions La Dispute 2009

« Un des romans fondateurs de la littérature africaine de langue française a pour titre « L’enfant noir ».  » L’enfant blanc » n’est pas un titre plausible pour un roman français. L’enfant français d’un roman français est un enfant tout court. Dans un roman français, on n’écrira pas : « La petite blanche s’est longtemps couchée de bonne heure »

Parmi les dizaines de milliers de manuscrits retrouvés à Tombouctou, un traité de rhétorique.

Parmi les dizaines de milliers de manuscrits retrouvés à Tombouctou, un traité de rhétorique.

Les Occidentaux cultivés situent spontanément la Bible ou la tragédie antique aux sources de leur culture. En effet, la Grèce de Sophocle, la Rome de Sénèque, l’Asie mineure d’Abraham et de Jésus, l’Afrique de Moïse ou d’Augustin colorent jusqu’à présent, et pour longtemps sans doute, le bain de représentations dans lequel se dit l’Occident. A l’inverse, l’Afrique subsaharienne, ce qu’on appelait naguère l’Afrique noire, peuple l’imaginaire européen de symboles et de gestes ressentis par certains comme fascinants, par d’autres comme négligeables, mais en tout cas radicalement hétérogènes. Il y aurait des authenticités parallèles à préserver au nom de la diversité culturelle ou à conformer à la civilisation mondialisée de l’Empire, ou les deux, mais nulle parenté entre elles.

Or l’histoire biblique et la pensée platonicienne véhiculées par l’Islam sont présents sur le territoire de l’actuel Mali dès le VIIIe siècle de l’ère chrétienne. On y rencontre déjà des hommes nommés Jean (Yahia), Jacob (Yakouba) ou Zakarie (Diakaridia), des femmes portant le nom d’Ève (Awa) ou de Marie (Mariam). Plus tard se développe dans toute la zone sahélienne un Islam de confrérie inspiré du soufisme et relié par ce fil à la mystique néo-platonicienne. L’enseignement du prophète Mohammed se nourrit des doctrines chrétiennes et juives de son temps, qui depuis des siècles se tissent avec la philosophie grecque.

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LA REPUBLIQUE DES MOTS

Nadine Morano, dignitaire du parti Les Républicains, affirmait naguère que la France est « un pays de race blanche ».  Nicolas Sarkozy en remet une louche en nous prescrivant le modèle gaulois. On pourrait aller plus loin dans cette logique, affirmer avec des arguments historiques en béton que la France  est « un pays de l’espèce Néanderthal » dénaturé par les hordes afro-asiates des Cro-Magnon. Mais la construction non-raciale de notre histoire, de notre peuple et de notre République dispose d’un témoin indiscutable qui n’use pas de polémique : notre belle langue commune, le français.

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« Cet athlète portait un pantalon de coton à l’allure de pyjama. Le gaillard s’était caché dans un wagon de marchandises, au milieu des régimes de bananes, des sacs de sucre, des cageots de yaourt et des planches d’acajou. Arrivé au port du Havre, il quitta sa cachette pour se glisser sur un paquebot en partance pour le Mississipi. Peu de temps après, l’embarcation cinglait au milieu des vagues… »

Chacun le reconnaîtra, ces quelques lignes sont écrites dans les strictes règles de la langue française. A cent pour cent. Chacun des mots qui les composent participent avec la même légitimité à construire le sens du récit. Ils s’accordent en propositions, en phrases, en paragraphe et cette mise en commun construit la singularité d’une histoire qu’ils forment ensemble, qu’ils ne forment qu’ensemble. Chaque mot est citoyen de ce texte. Chaque mot met sa généalogie propre, son origine au pot commun, sans jamais cesser de former avec les autres la langue française. Imaginons maintenant que le racisme ambiant s’abatte sur ce petit roman. Lire la suite

QUELQUES TRAITS DU MALI EN CRISE

Texte publié dans l’ouvrage collectif « La guerre au Mali », éditions La Découverte 2013

Comment l’Etat malien, souvent présenté comme un modèle de démocratie en Afrique, s’est-il si facilement, si brutalement effondré en 2012 et 2013, au point de devoir faire appel à l’armée de l’ancienne puissance coloniale pour éviter l’occupation du pays par les djihadistes ? Sous la succession des événements, quelles fragilités structurelles, quels enjeux institutionnels et sociétaux ? Et quelles leçons en tirer pour aller de l’avant ?

Le capitaine Sanogo, auteur du putsh du 22 mars 2012 qui fait tomber le président Amadou Toumani Touré

Le capitaine Sanogo, auteur du putsh du 22 mars 2012 qui fait tomber le président Amadou Toumani Touré

Etat malien : les paradoxes d’un effondrement

Bamako, 21 mars 2012. Un groupe de soldats excédés par la gabegie qui désorganise l’armée décide de marcher sur le palais de Koulouba, siège de présidence de la République. Ils ne veulent pas être la chair à canon d’une guerre où près d’une centaine de militaires sans munitions viennent d’être égorgés par l’alliance éphémère d’irrédentistes touareg et de desperados salafistes. La jacquerie, rejointe par quelques officiers subalternes, n’a qu’une vague idée de ses objectifs. Celui dont elle a fait son chef, le capitaine Amadou Aya Sanogo, reconnait peu après le coup que les mutins ont décidé en cours de route d’en « profiter » pour prendre le pouvoir. Quelques semaine avant des élections où il ne se présentait pas, le président Amadou Toumani Touré est renversé.

L’armée, désorganisée, cède devant les narco-djihadistes qui s’installent dans les grandes villes du Nord. En dépit de ses conséquences immédiates catastrophiques et des condamnations internationales qui pleuvent, l’équipée suscite une approbation populaire inquiète et mesurée, mais réelle. On déplore les pillages dont les putschistes se rendent coupables, mais on comprend les pillards, on les envie parfois. L’armée en fuite ? C’est un crève-cœur, mais pourquoi risquer sa peau quand l’absence de confiance dans l’institution donne à croire que le sacrifice est désespéré ? Lire la suite

2020, LA FIN DES FINS abolition de la propriété intellectuelle

 

A l’occasion des Rencontres européennes de l’Adami, texte publié par l’Adami et l’Irma dans l’ouvrage collectif « Artistes en 2020 »

Vœu pour 2020. On ne dit plus « diminution du temps de travail », mais « développement de la libre activité ». À une mesure sociale – soulager la fatigue du travailleur – s’est substitué un objectif politique, l’émancipation du temps humain. Il est vite apparu, mais les amoureux s’en doutaient déjà, que la part essentielle de l’existence ne pouvait ni se vendre, ni être déléguée au pouvoir d’un autre. 

C'est dans l'atmosphère proustienne du Grand Hôtel de Cabourg, le Balbec de La Recherche, que se sont tenues ces

C’est dans l’atmosphère proustienne du Grand Hôtel de Cabourg, le Balbec de La Recherche, que se sont tenues ces « Rencontres européennes de l’Adami ».

La fin de l’artiste

la fin des années 1940, un jeune homme établit son échoppe de photographe à Bamako, chef-lieu du Soudan français. Son nom est Seydou. Seydou Keïta. Il a bonne réputation, il se fait une clientèle. Notabilités polygames, jeunes zazous, anciens combattants, couples d’amoureux, les clients de Seydou Keïta, quand ils souhaitent se faire tirer le portrait, vont à l’échoppe du photographe, s’installent devant un fond choisi, clic clac merci Kodak et le tour est joué. Les images, les grandes images nées de ce petit commerce sont destinées aux murs des maisons de pisé, aux albums qu’on montre à la parentèle. Elles font du bien à l’œil de ceux qui les voient et qui sont tout-un-chacun.

Les années passent. Le XXe siècle s’épuise. En 1991, Françoise Huguier, photographe française reconnue, rencontre Seydou Keïta. Françoise Huguier a le regard suffisamment propre, suffisamment libre pour voir la puissance des clichés pris dans l’échoppe et c’est rare. « Curieux », « amusant », « sympathique », ça oui, ça on peut l’entendre. Mais s’affranchir du GPS mondain qui balise les jugements du pouvoir culturel occidental, prendre le risque de lier sa réputation à celle d’un photographe de quartier, c’est rare. Donc bravo ! Sauf qu’une histoire plus lourde et qui nous traverse tous va tordre sans retour possible la vérité de ce pur regard posé sur les portraits bamakois. Lire la suite

LE NOUS MANQUANT ou comment furent pleurés Zyed et Bouna

Texte paru dans l’ouvrage collectif « Banlieues, lendemains de révolte », Regards/La Dispute 2006

L’histoire du départ, c’est ceci. Le soir du 27 octobre 2006 Zyed Benna, 17 ans, et Bouna Traoré, 15 ans, effrayés par des policiers qui les poursuivent, se réfugient dans un transformateur EDF. Les deux collégiens de Clichy-sous-Bois (93) y meurent soulevés de terre par une décharge électrique de 20 000 volts. Leur copain Muhittin en réchappe, gravement brûlé. TO GO WITH AFP STORY BY EVE SZEFTEL (FILES) - A picture taken on November 4, 2006 in Clichy-sous-Bois, northern Paris, shows a giant picture of Zyed (L) and Bouna, the two teenagers whose death led France in 2005 to a nationwide wave of riots, on the sidelines of the

Voici la suite de l’histoire. La mort des deux adolescents provoque de violentes réactions chez les jeunes des banlieues populaires, d’abord ceux qui s’identifient à Zyed et Bouna parce qu’ils ont comme eux la peau sombre ou des noms venus du Sud. La société, médusée, s’interroge. Le ministre de l’Intérieur, qui déclare vouloir juguler le désordre des banlieues, est approuvé par une forte majorité de Français. Plus tard, on apprendra que l’action de la police a été provoquée par le simple soupçon d’un habitant et que les explications données d’abord par les forces de l’ordre ont été biaisées. Pourquoi la mort de ces deux enfants n’a pas provoqué sans délai une vraie réaction populaire, l’émotion commune des jeunes et des adultes, des Français et des étrangers, des Français blancs avec les autres ? Pourquoi ne nous sommes nous pas comportés avec Bouna et Zyed comme s’ils étaient nos enfants ? Pourquoi avons-nous laissé la charge de leur deuil et de leur honneur sur des enfants et leurs débordements infantiles ? Pourquoi cette révolte tronquée, amputée, solitaire, autodestructrice ? Pourquoi avons-nous laissé nos enfants si seuls ?

Dans d’autres conditions, il existe un « nous » qui pousse les adultes à réagir avec les jeunes. Ne touchez pas à nos enfants ! Si vous touchez à nos enfants, c’est à nous que vous touchez. Dans d’autres conditions, lors d’événements de cette nature, la police n’est pas crue sur parole. Nous sommes dans un temps d’injustices violentes qui se présentent comme indépassables. Il arrive que la colère désordonnée ou le désespoir s’emparent de ceux que ces injustices agressent – rivière empoisonnée par les ouvriers chassés d’une usine délocalisée, navire kidnappé par ses marins, saccages paysans d’institutions publiques ou de biens privés… Alors, des forces solidaires entourent ces actes, en défendent tout au moins les motifs, freinent ou bloquent leur répression, agissent pour trouver l’issue la plus favorable. Les agressés ne sont pas laissés seuls, à leur seule colère, à leur seul malheur, à leurs seules impulsions. On manifeste avec eux, pour eux. Reculons très légèrement vers une époque moins socialement désespérée, plaçons le collège des collégiens dans un quartier moins périphérisé par l’imagination dominante, imaginons une jeune fille blanche à la place d’un adolescent noir… Lire la suite

AFRICANITE ET DOMINATION

Ce texte est paru dans le n°41 de la revue  Africultures (octobre 2001) intitulé « L’africanité en questions ».

« Comment, en tant qu’auteur, vous placez-vous par rapport au concept d’africanité ? » La question est posée par Sylvie Chalaye aux dramaturges Kossi Efoui, Koffi Kwahulé et Caya Makhélé lors d’une table ronde d’Africultures, à l’Univertité de Rennes 2, le 13/01/1999. Titre du débat : « Africanité et création contemporaine ». Question ou injonction identitaire ?

Kankou Moussa, empereur du Mali au XIVe siècle, dans une carte catalane d'avant la domination occidentale sur l'Afrique

Kankou Moussa, empereur du Mali au XIVe siècle, dans une carte catalane d’avant la domination occidentale sur l’Afrique

 » De l’homme, on exigeait une conduite d’homme. De moi une conduite d’homme noir.  » (Frantz Fanon)

La question de l’africanité ne se pose pas en général. Elle se pose dans des situations particulières. Dans le débat de Rennes, elle se présente comme une question posée à des écrivains qui font la littérature contemporaine de l’Afrique, question qui n’a pas d’équivalent pour les écrivains qui font la littérature française d’aujourd’hui. On ne demande pas à un écrivain français de se justifier sur la francité de son écriture, tout simplement parce qu’on sait sans même y penser que cette francité, c’est lui qui en est l’auteur. Du coup, nul besoin qu’il s’encadre dans une francité qui lui serait antérieure, extérieure, qui existerait sans lui. Nul besoin non plus qu’il se justifie d’en être.

Comme tous les écrivains qui participaient au débat l’indiquent, la question de l’africanité n’est pas une question littéraire. Elle est une question politique, un piège politique. Elle est un piège parce qu’elle est « mise en question » par le vainqueur, mise en question du vaincu au profit du vainqueur. L’africanité n’est pas une question, c’est une réalité toute simple, comme la francité. C’est pour une personne vivante le fait d’être construite par une de ces lignées humaines qui se sont construites en Afrique. L’africanité n’est pas une valeur. C’est un fait. Elle n’est pas une référence, elle est un résultat. Pour le meilleur ou pour le pire. Il y a des millions de personnes qui sont construites par une de ces lignées humaines qui se sont construites en Afrique. Il y a des auteurs qui sont construits de ça, qui construisent de ça. A ceci près, comme l’indique Koffi Kwahulé, qu’africanité est une notion trop vaste, trop floue. Je parlerai pour ma part de ce que je connais un peu, le Mali, pays dont est ma femme, dont mon fils a la nationalité, et dont je suis aussi, si toutefois on m’accorde d’avoir pu, quoique Blanc, être concrètement construit par cette lignée humaine, en même temps que par celle de mes parents français. Lire la suite

METISSAGE OU DIGESTION ?

Le poète russe Pouchkine et son aïeul Hannibal.

Le poète russe Pouchkine et son aïeul Hannibal.

Article paru dans l’ouvrage collectif « Métissages : un alibi culturel ? », Africultures/L’Harmattan 2005

« Quand M. Boutron demande à Mamadou « Parle-nous de ta culture », quel est le mot qui compte ? Le substantif « culture », ou bien « ta », adjectif possessif, adjectif distinctif ? M. Boutron saurait-il donner une réponse pertinente si on lui renvoyait la question qu’il soumet à Mamadou ? Pourquoi, lui, l’enseignant, demande-t-il à son élève d’enseigner la classe sur « sa » culture, tandis que chaque élève attend du maître qu’il les initie à « la » culture ? »

L’enfant naît à Montreuil, dans la périphérie parisienne. Son père le prénomme Mamadou. Mamadou Diawara. A la maison, la langue qui prédomine est la langue du village originel, la langue soninké. Le soninké n’est pas sans gloire. Au premier millénaire de l’ère chrétienne, il a été l’idiome du puissant empire du Wagadou, également appelé Ghana. Au temps où les Barbares dépècent l’empire romain, le Wagadou tient l’Afrique de l’Ouest dans la paix et la prospérité. Le soninké n’est pas non plus sans perspectives contemporaines. Il est largement parlé dans les villes et les villages de la vallée du fleuve Sénégal. De l’autre côté de l’Equateur, à Poto-Poto, immense marché de Brazzaville, si tu parles soninké, tu es chez toi. Le soninké, tu l’entends sans peine sur les lignes du métro parisien qui ramènent les travailleurs dans les cités des banlieues pauvres. C’est aussi une langue qui peut servir quand on prend un taxi à New York. Mais tout ça ne va pas suffire. Lorsque le petit Mamadou Diawara commence à parler, ce n’est pas dans la langue qui prédomine à la maison, mais dans celle de la crèche et de la télé. En français. Devant ses parents déçus et médusés, Mamadou Diawara interrompt sans retour le fil linguistique qui reliait son père à son lointain pays. Il s’engloutit dans une autre lignée, ou plutôt il est englouti par elle, relié par elle non plus à Koumbi Saleh, la capitale disparue du Wagadou, mais à Rome et Lutèce. De Mamadou Diawara, on dira communément qu’il est un « métis culturel ».

L’autre enfant naît près de là, à Vincennes, dans le « bon Val-de-Marne ». Son père se nomme Jean-Jacques. Jean-Jacques Dupuis. Il appelle son fils Kévin. Il choisit pour son fils un prénom à l’américaine dont la terminaison ne se prononce pas comme le « vin » de Bourgogne, mais comme s’il était au féminin. Kévine. Dupuis senior est cadre dans une transnationale américaine. Il sait l’importance décisive de parler l’anglais fluently. Il fait tout pour que Dupuis junior jouisse de cet avantage. Très tôt, senior trouve le moyen d’envoyer junior outre-Manche pour que l’enfant s’y fasse l’oreille. La baby-sitter est une jeune irlandaise au pair. Quand Kévin demande à voir un dessin animé de la firme Disney, c’est en version originale qu’on le lui passe. Tant et si bien qu’à l’âge de cinq ans, Kévin est parfaitement bilingue. On dit de lui qu’il a de l’avenir. Lire la suite

INVENTIONS POLITIQUES DU FEMINISME

Texte paru dans « Féministes, féminismes, nouvelles donnes, nouveaux défis, éditions Syllepse, collection Espaces Marx, 2004

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Ce qu’il y a de bien avec le féminisme, c’est qu’il a en effet bouleversé notre société dans le sens d’une liberté plus grande, et qu’il l’a fait sans laisser derrière lui un tapis de morts. Alors, forcément, on se pose la question : « Mais comment ont-elles réussi ça ? » Et on se prend à rêver que cette expérience puisse servir dans d’autres champs de l’émancipation humaine.

En ses contenus, le féminisme concerne d’abord l’émancipation des femmes. Il concerne d’abord non le tout, mais une partie de l’humanité. En ses contenus, l’universalité du féminisme se joue en quelque sorte par ricochet : dans une société où les femmes sont à l’égal des hommes, un équilibre nouveau s’installe où les hommes aussi peuvent trouver leur avantage.  C’est un peu comme la classe ouvrière affrontait la bourgeoisie en proposant la société sans classe. Mais le mouvement féministe porte en même temps une promesse politique immédiatement universelle et cette promesse qu’hommes et femmes attendent dans la même urgence ne tient pas dans ses contenus mais dans ses formes, les formes d’un mouvement d’émancipation original et réussi au moment où l’aventure communiste qui se définissait orgueilleusement comme l’axe de l’émancipation humaine a vu s’écrouler non ses objectifs, mais justement ses formes.

Le politique et l’intime

Le mouvement féministe s’établit sur une articulation tout à fait nouvelle entre le politique et l’intime. La question intime de la soumission, la question de l’intime soumission est mise en couple avec celle de la domination. Jusque-là, le mouvement d’émancipation presqu’unilatéralement marqué par la poésie et l’imaginaire masculins s’obsède unilatéralement d’un affrontement héroïque contre les pouvoirs : identification de l’adversaire, renversement de la domination, mise en place du bon pouvoir, du bon programme, coït révolutionnaire et braguette magique… Le héros révolutionnaire s’imagine que l’oppression produit la révolte comme l’orage féconde la Terre. Celui qui ne se révolte pas est un jaune, un traître, un mou dont la débandade signale une connivence coupable avec l’oppresseur. On dit : « C’est du fond de l’esclavage que se lève la liberté ». Non ! Au fond de l’esclavage, le dos se courbe et l’esprit ploie. Les fourmis ne se mettent pas en grève. C’est toujours d’un lieu où l’on est déjà libre qu’on se lève pour la liberté. La construction de cet espace de liberté est une affaire intime, une affaire spirituelle.

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LA DANSE OU LE CHAOS Méditation sur la création du monde

Texte écrit pour la conférence de Yamoussoukro organisée par le Groupe Initiative Afrique en 2014 sur le thème : « Jeunesse africaine, opportunité historique ou bombe à retardement »

Solo, la danse envahit le silence qui l’habite. La danse le choisit. Ce ne sera ni l’armée des enfants soldats, ni la mafia, ni le naufrage en Méditerranée, ni la violente roulette de la rue. « La danse, c’est ma vie ». La danse n’est pas rien. Elle est une silencieuse mise en forme de l’être. Elle ne nait pas de rien, mais sur le socle d’une transmission, d’un savoir qui s’apprend, qui souvent s’apprend dans l’épreuve. Elle est une discipline. Elle est aussi la création de soi, une création toujours unique parce que chaque corps dans lequel elle advient est unique.

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L’évadé

L’histoire commence dans une bourgade de campagne, à 650 km au Nord de Bamako, Mali. L’enfant suit la ligne des plans de mils, que sarclent sa houe, ses muscles. La houe et le labeur sont trop lourds pour lui. La coercition qui le met à leur service est trop dure pour lui. Les rires de ses camarades qui rentrent de l’école où on ne l’a pas envoyé sont trop perçants pour lui. Il en pleure de fatigue. L’enfant, de famille musulmane, porte le nom d’un roi d’Israël, Souleymane, Salomon, mais on l’appelle Solo.

Quinze ans d’âge. Solo médite son évasion. Sa grand-mère, à qui ses parents l’avaient « donné », l’environnait de tendresse. Elle est morte. Son oncle à qui on le confie alors confond l’éducation avec le dressage. Solo n’aime pas. Un jour, il fuit. Les artifices de l’adolescence et les ruses de la liberté le conduisent dans la rue, à Bamako, la capitale. Nuits à la belle étoile et rapines en bande organisée. Repas mendiés et colles euphorisantes. Il ne dit pas tout. Voyages clandestins vers le Sénégal sur les tampons du train escaladés en chemin et d’où tombent les moins résistants. Ça oui, ça il l’avoue. Les recoins où il dort, les amis qu’il a conservés, il les montre. Mais Solo est d’abord un habitant du silence. Un jour, sa mère vient à Bamako, retrouve sa trace, le supplie, le convoque. Il répond à son appel, se rend à sa convocation, écoute les suppliques, les remontrances, puis déclare qu’il a envie d’aller aux toilettes et s’enfuit. Lire la suite

LE SYNDROME DE BANYENGO Culture, politique et développement

http://www.blonbaculture.com/activites/television/baniengo/adsl.htm

Texte écrit avec Alioune Ifra Ndiaye pour la conférence du Groupe Initiative Afrique de novembre 2012 à Yamousoukro (Côte d’Ivoire) sur le thème « Comment renforcer l’efficacité de l’Etat en Afrique » (http://initiative-afrique.org/fr/index.php?gia=recommandations_2012)

« Incapables de croire suffisamment en eux-mêmes pour risquer la grandeur, les nyengos dérivent toute leur adresse, toute leur intelligence, toute leur énergie à empêcher les autres de s’y essayer. Quand elle se manifeste, la nyengoya empoisonne les relations de voisinages, la vie de famille, les amitiés, mais elle s’exerce aussi au cœur des administrations d’Etat censées représenter le bien public. Et là, elle devient un phénomène politique. »

Tracé de la frontière entre le Congo et le Cameroun par les Français et les Allemands

Tracé de la frontière entre le Congo et le Cameroun par les Français et les Allemands


1 – Nyengoya

La nyengoya est un vice répandu au Mali et sans doute dans d’autres pays d’Afrique. Difficile de traduire en français cette notion qui désigne un mélange d’égoïsme, de jalousie et de bassesse. La structure culturelle BlonBa (théâtre, audiovisuel), chargée par le ministère de l’administration territoriale de réaliser un programme d’éducation civique intitulé « A nous la citoyenneté », a donné à ce vice une figure devenue depuis célèbre dans tout le pays, celle de l’ignoble Banyengo. Dans un court métrage de fiction, ce personnage prie une divinité de résoudre ses nombreux problèmes. La divinité lui répond : « Je te donnerai tout ce que tu me demanderas, mais à une condition : ton ami que nous venons de voir passer à vélo sur la route, je lui donnerai le double. Une villa pour toi, deux villas pour ton ami. Cent bœufs pour toi, deux cents pour ton ami… » Banyengo réfléchit, réfléchit, puis adresse sa prière à la divinité : « N’nyè kélen ci ! Crève-moi un œil ». Dans l’instant, son ami perd les deux yeux et tombe de vélo. Aussitôt diffusée cette courte fiction devient emblématique de l’émission. De toutes les régions du pays, les téléspectateurs téléphonent pour donner des exemples de « banyengotisme ». L’expression « N’nyè kélen ci » est reprise à toute occasion par les enfants. Nouhoun Cissé, l’acteur qui joue Banyengo acquiert une notoriété nationale qui l’accompagne dans tous ses déplacements.

La nyengoya est communément accusée de jouer un rôle important dans les difficultés du pays à faire corps pour construire son développement. Nous l’analysons comme un des effets de la longue défaite de l’Afrique, un vice de vaincus. Incapables de croire suffisamment en eux-mêmes pour risquer la grandeur, les nyengos dérivent toute leur adresse, toute leur intelligence, toute leur énergie à empêcher les autres de s’y essayer. Quand elle se manifeste, la nyengoya empoisonne les relations de voisinages, la vie de famille, les amitiés, mais elle s’exerce aussi au cœur des administrations d’Etat censées représenter le bien public. Et là, elle devient un phénomène politique. Comment se fait la jonction entre ce comportement individuel et la façon très singulière dont s’est formé l’Etat en Afrique ? Explorer cette question, c’est mettre en lumière un des blocages du développement. Lire la suite

LE MOUVEMENT COMME FINALITE

Texte écrit en lien avec un séminaire organisé par Janine Guespin sur l’utilisation des sciences de la complexité dans l’élaboration politique 

« La société émancipée tout court n’existera jamais parce qu’on ne s’émancipe pas de la mort, ni de toute une série de contraintes liées à notre nature physique et sociale. Par contre, on peut supputer que l’être humain est sans cesse en mesure d’élargir son humanité, ou de la faire bouger. On peut souhaiter une société qui ne s’arrête pas, une société qui continue sur cette voie. Nous le souhaitons d’ailleurs pour nos propres existences. Nous savons bien que notre vie va s’interrompre d’une mort qui n’est pas un aboutissement, qui est un effondrement. Mais nous disons : j’ai l’impression qu’il y a eu un chemin dans ma vie et ce chemin lui a donné sens (ou non). » 

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1 – Une belle vie

Une belle vie, une belle aventure, un beau geste, une belle page d’histoire… Quand nous jugeons de l’existence dans son mouvement, c’est spontanément sous la catégorie esthétique du beau : une vie, un geste, une aventure, une page d’histoire qui nous séduisent ; une vie, un geste, une aventure, une page d’histoire auxquels nous trouvons de la qualité.

Nous savons juger du mouvement et nous en jugeons sur le mode qualitatif, sur le mode esthétique. Cette appréciation n’est pas analytique, mais globale. Elle n’est pas « numérique », mais « analogique ». Trop d’éléments disparates. Trop d’aléatoire dans les résultats. Trop d’imprévu. Des singularités trop irréductibles.

Juger de la beauté d’un visage ou d’une page d’histoire, c’est porter une appréciation sur un système d’interactions – quand je la considère isolément, je peux ne pas aimer la bouche d’un visage qui me séduit. C’est aussi s’impliquer dans le jugement, dire quelque chose de soi, émettre un vœu, intervenir dans le système. Si je lis la Résistance comme une belle page d’histoire, mon jugement m’associe au vœu politique que porte ce mouvement dans l’histoire. Il s’y ajoute et l’étend.

Il y a aussi du quantitatif, du cumulatif dans l’existence, qu’elle soit individuelle ou collective : l’argent que j’accumule, les libertés qui s’ajoutent les unes aux autres, la croissance du PIB, l’augmentation de l’espérance de vie… Ces « bons » progrès alimentent la qualité de l’existence. Mais ils ne produisent pas à eux seuls une « belle » vie. Cette qualité n’est pas l’addition de ces quantités. Je peux être fortuné, libre, ressortissant d’un pays riche et vivre vieux sans que ma vie soit belle. Souvent, les programmes politiques isolent des objectifs susceptibles de faire du résultat. Souvent, les chefs politiques nous poussent à croire que le résultat assouvira notre désir, assouvira la satisfaction qu’il réclame. Alors nous sommes doublement déçus. Déçus parce que notre désir renaît sans cesse. Déçus parce qu’une bonne mesure ne fait pas davantage une belle politique qu’un beau nez fait un beau visage. La politique programmatique est décevante non pas en raison de trahisons supputées mais par nature. Lire la suite