L’ART EST UN FAUX DIEU

 Texte paru dans la revue Kritiks, n° 1, janvier 2015

« Ce que la figure de l’Art fétichise est un espace historique, singulier, de la conversation dans laquelle les humains inventent leur humanité. En fétichisant cet espace, c’est-à-dire en l’universalisant, en le désingularisant, la figure de l’Art stérilise la possibilité ouverte à l’Occident comme à tous : se dire à soi-même, converser avec les autres. Il se fait le verrou hautain d’un emprisonnement généralisé dans la forme du monde voulue par la domination occidentale. Le verrou est la fétichisation de la trace, non pas ce qui a tracé la trace. Rompre la digue pour retrouver la liberté des flots, leur inclination à la confluence, leur capacité à fertiliser les sols et à déchausser les idoles. Déverrouiller. »

marbres

SACREMENT/FETICHE/IDOLE

Sacrement est le nom d’un fétiche auquel on croit. Fétiche est le nom des sacrements auxquels croient ceux qu’on méprise. Idole est le nom du fétiche que vénère celui qu’on craint. Quand il qualifiera la figure de l’Art, ce texte préférera le plus souvent le terme de sacrement.

L’Art, le nommer fétiche, c’est faire comme s’il était possible de se placer dans un ailleurs critique, un hypothétique après d’où l’on pourrait sans coup férir le déclasser au rang des croyances mortes, faire comme si le critiqueur avait la puissance de s’arracher au peuple et de monter seul sur le Sinaï, comme s’il n’était pas, sans recours possible, dans le mouvement. La puissance sacramentelle de cette institution est toujours en service et l’œuvre évangélisatrice se poursuit. En Occident, dans presque tous les champs où se cultive le symbolique, l’Art est le seul sacerdoce reconnu. Ceux qui ne revêtent pas ses poses chamaniques et n’embrassent pas ses professions patentées se vouent aux ordres subalternes : art brut, folklore, coutumes – même si la rédemption est possible, par exemple quand les masques sacramentels de l’Afrique apostasient la liturgie des bois sacrés et se convertissent au culte muséal. L’Art, le nommer sacrement, c’est se souvenir de la fétichisation qu’il porte en lui.

Ces croyances tiennent et nous tiennent, même quand nous tentons de les brocarder, même quand de l’intérieur certains les mettent en doute. Le sacrement qu’elles célèbre prend la figure d’un ordre abouti, indépassable. Confesser que jusqu’à présent, l’Art, mais aussi l’Etat ou la Marchandise, sont des sacrements, non des fétiches, c’est décrire leur actualité.

Le sacrement est une éponge. Il aspire la réalité et s’en gonfle jusqu’à devenir si impressionnant qu’on y croit. La croyance que nous lui accordons est proportionnelle à la puissance que nous lui cédons. La valeur que nous accordons au diamant n’est autre que la cristallisation imaginaire, dans cet objet, de la masse de travail qu’il a fallu pour le chercher, l’extraire, le tailler, le vendre. La sueur a métamorphosée le caillou inerte en pierre précieuse. Alors la puissance sociale dont le diamant s’est enrichi prend son indépendance et se retourne contre la société, lui imposant la révérence qu’on doit aux dieux.

L’Œuvre d’Art absorbe en elle-même les liens qu’elle entretient avec le monde, qui en ont constitué la genèse et qui en font la pérennité. Ces rapports sociaux sont pourtant son essence. Une image, c’est quoi sans l’imagination qui l’a inventée, sans le regard de celui qui s’en nourrit ? Pourtant, le tableau qu’on anéantit en l’enfouissant dans le tabernacle d’un coffre-fort semble y conserver sa « valeur ». Le spectacle présenté dans des conditions qui en font une fabrique de la classe dominante peut revendiquer un propos d’extrême gauche. Solitude des artistes d’extrême-gauche.

SACREMENTS DANS L’HISTOIRE

La sacramentalisation qui accompagne les grandes fonctions par lesquelles se reproduit le règne occidental – l’Art, l’Argent, l’Etat – nous suggère que ce règne est éternel. L’Art serait la forme indépassable et seule légitime de l’invention du symbolique. Penser le dépassement laisse notre imagination sans voix. Toute société humaine est appelée à entrer dans le moule. Nulle ne peut en sortir. La croyance dans les sacrements de l’empire en déshistorise la mécanique et la manifeste non comme une construction faite de main d’homme, mais comme une donnée transcendant l’histoire. Elle est la présure qui donne au libéralisme sa consistance et qui le stabilise. Elle est le sceau du libéralisme, le point où cette doctrine scelle l’accomplissement de l’histoire. L’essentiel de la politique française de coopération culturelle avec l’ancien empire consiste à imaginer des célébrations qui invitent les possessions perdues à se convertir aux bonnes pratiques qui sont les nôtres.

Contemporain n’est pas aujourd’hui. Universel n’est pas partout.

Contemporain et universel ne sont pas des termes descriptifs désignant la simple simultanéité d’événements concomitants, la vocation planétaire d’une œuvre ou d’une loi. Ils énoncent une injonction normative, un appel à la conversion. Le présent dont il faut être contemporain n’est pas l’actualité, c’est l’éternité du règne occidental. L’espace qu’il faut convaincre pour prétendre à l’universel n’est pas la planète, mais le centre de l’empire. Pour acquérir le label « danse contemporaine », le hip hop doit impérativement adopter les rites de l’Art, dont il a su pourtant s’affranchir de façon si prospective. Les lignées culturelles non-occidentales accèdent à l’universalité en subordonnant leur dessein à la normalité impériale. On peut dire du kotèba – farces burlesques de critique sociale dans l’aire mandingue – qu’il est une forme ouest africaine de théâtre comique, mais non que le théâtre à l’occidentale est une forme prétentieuse et payante de kotèba.

Toute notre représentation du monde est affectée par ce processus. Au XIIIe siècle de l’ère chrétienne naît, en Afrique de l’Ouest, un vaste ensemble politique connu sous le nom de Mali. Ses institutions, non-étatiques pour la plupart, sont fondées sur une philosophie de la concorde, conçue comme mère de la liberté. La traite des humains est abolie, les libertés personnelles sont instituées parce que l’esclavage et la contrainte sont repérés comme sources de conflits. Pour valoriser ces puissantes inventions politiques, toujours sourdement en vigueur, beaucoup d’Africains affublent l’Entente du Mali du terme brutal d’empire et réfèrent la charte du Manden, qui l’établit, à la déclaration des droits de l’Homme, dont la belle et tardive histoire s’origine dans une pensée pourtant si différente.

« Nous aussi, nous avons eu des empereurs ! Nos sculpteurs eux aussi méritent le brevet d’artistes ! » Course infirme à la reconnaissance par l’empire. Coureurs condamnés par leur propre stratégie à jouer les seconds rôles.

Les sacrements du règne occidental témoignent pour la liberté. C’est pourquoi on les dit « libéraux ». Je préfère le néologisme plus précis de « libéralistes », car leur parenté avec la liberté n’est pas directe. Elle fait étape dans la doctrine, dans le credo du libéralisme, qui n’est pas la liberté, qui est la clôture de la liberté : toute la liberté possible est atteinte quand la liberté libérale est atteinte. Liberté de l’Artiste. Liberté de l’entrepreneur. Liberté du consommateur. Liberté de la presse et de l’électeur.

Les fétiches du règne occidental sacramentalisent un dépôt de liberté à la façon dont la papauté fixe dans le dogme le dépôt de la foi. Il y a de la liberté qui prend forme. Le limon de ce fleuve dépose, se sédimente en sacrements, en croyance dans ces sacrements. L’institution de l’Etat républicain n’est pas le fleuve, mais le dépôt du fleuve qui a emporté la monarchie. La figure de l’Artiste n’est pas le fleuve, mais le dépôt du fleuve qui libère l’inspiration créatrice des individus. Il y a un temps du fleuve, un temps du limon et un temps de la pétrification. Le libéralisme consacre le temps de la liberté pétrifiée. Liberté pour les maîtres du monde d’aller pour quarante euros voir Mère courage dans un « grand » théâtre. Dédain pour les traces d’autres histoires, qui nécessiteraient pour être discernées qu’on se pose une question simple et toujours évitée : pourquoi est-ce important pour d’autres que moi. Et le fleuve court toujours.

Que restera-t-il du règne occidental quand ses anciennes possessions auront achevé leur mue et se seront recentrées sur elles-mêmes ?

Le français est une hérésie du latin. Ce créole méprisé a mis près de mille ans à s’imposer aux élites. Le latin n’en perd pas pour autant son importance, il reçoit les hommages funéraires dus aux langues mortes et le français vit sa vie.

Il restera quelque chose du règne occidental, un reste vernaculaire, profané, vivant, fécond. La profanation est à l’œuvre. Par crainte, l’Occident se hérisse de murailles défensives. Au delà de cette frontière, le consul qui dispense la grâce des visas pour le pèlerinage inspire encore la crainte et la soumission. Mais pour ceux qui ont perdu la foi, il est déjà ridicule.

Les ruines de Rome ont construit Rome.

Le règne occidental s’est mu d’une énergie moderne. Les règles imposées par le passé, il a donné mission à l’avenir de les dissoudre. Les limites de l’empire aussi : conquête de l’Amérique, odyssée de l’espace, guerre des étoiles…La modernité fut d’abord un rêve. Il a bien fallu rêver l’Amérique avant d’y toucher, avant de la nommer, en s’engageant dans l’océan, sans autre certitude que d’apercevoir l’inattendu. Il a bien fallu rêver l’immortalité du corps avant d’inventer la pasteurisation et la firme Loréal. Il a bien fallu rêver la toute puissance de la raison avant d’écrire la Constitution américaine, la charte de l’ONU, La phénoménologie de l’esprit, et même L’idéologie allemande. Il a bien fallu croire qu’il était désirable et plausible d’aller de l’avant. De percer les brumes océaniques. A tout prix. Au prix de toute énergie contraire aussitôt réduite. L’énergie des Noirs réduite à servir les Blancs. L’antémodernité honorait elle aussi l’horizon sans limite. Elle le nommait Dieu. Elle se plaçait sous les commandements de Dieu et s’appliquait à les appliquer. Interminablement. Le règne occidental se place sous le commandement de l’avenir incertain, son dieu. Un jour, il découvre que son dieu n’est pas infini et qu’il n’est plus incertain, que pour beaucoup, il n’est donc ni désirable, ni très plausible d’aller de l’avant, de son avant. Un jour, les puissances auxquelles il a confié les attributs de Dieu – l’histoire sans fin, le progrès sans fin, la nouveauté sans fin, l’accumulation sans fin –, divinités auxquelles il a rendu tant de sacrifices et qui l’ont récompensé de tant puissance, de gloire et de richesse reste les bras ballants devant la mobylette du mollah Omar, les milliards perdus des traders fous et les plates-formes pétrolières arrachées par des vents furieux. Alors il panique. « Les marchés » sont les maîtres du monde, n’est-ce pas, les mages de l’accumulation sans fin, l’arche de l’histoire hors de quoi la noyade serait assurée, mais un matin sur deux, nous lisons que « les marchés paniquent ». L’euphémisme de ce « panique » est « libéralisme » : n’attendez plus l’inattendu, n’en rêvez plus, combattez-le, l’histoire sans fin est parvenue à ses fins, ces fins méritent que toute vie s’incline devant elles, que toute espérance se domestique en elles. Ces fins sont l’infini. Ces fins sont dieu. Aporie panique. Le libéralisme, nom d’un règne affolé, se mord la queue. La fin des fins du règne occidental n’est pas seulement une affirmation panique, elle est devant nous. Le règne n’avance plus, il reflue. Le règne rencontre deux limites, deux limes, deux murs devant lesquels il butte et butte sans recours : les marges du monde ont commencé à se recentrer sur elles-mêmes, à se défaire de l’empire ; les entrailles de la nature ont commencé à lui refuser le fruit quotidien. Privé de ces vitamines, le règne de la quantité cesse de faire du muscle, il fait de la graisse. Le règne de la quantité sans fin aura-t-il une postérité ? La qualité sans fin ? L’intériorité sans fin ? Sans fétiche ? L’intériorité n’envahit que soi-même. Elle n’épuise ni la nature, ni les peuples. Elle est partageable. A sa façon. Laborieuse et multiple. Dans ses langues. Par le labeur innombrable de ses interprètes. Mais dans la langue de l’empire, elle est ne trouve pas les mots.

  • Attention ! La panique de l’empire rend le vieil Art méchant.
  • Attention ! L’Apollon du belvédère est un faux dieu, mais une belle statue.

QUATRE SPHERES

Notre humanité se produit et se reproduit dans les quatre sphères qui déterminent notre existence.

1 – Nous devons tout d’abord nous engendrer comme individus de chair, de sang et de sexe : désir, amour, famille.

2 – Ces corps engendrés, nous les nourrissons, nous les protégeons du froid, nous tentons de répondre à leurs besoins et de satisfaire leurs désirs : économie.

3 – Nous devons également maintenir ou créer les conditions de leur sociabilité, car il nous est impossible de vivre seuls : politique.

4 – Rien de tout cela ne serait proprement humain si nous n’assurions pas en même temps la production et la transmission de notre univers symbolique, les signes, les mots, les savoirs et les rêves qui nous permettent de donner forme à notre conscience et d’agir sur nos destinées : culture. Cette autoproduction de l’esprit innerve les trois autres sphères et fonde la singularité de l’existence humaine par rapport à toutes les autres formes de vie aujourd’hui connues.

Nos fonctions reproductrices sont puissamment humanisées par la morale sexuelle qui par exemple nous interdit le viol, par l’institution de la famille où se négocie l’éducation des enfants, par le souci d’établir des liens affectifs durables contre la solitude, etc. L’économie par laquelle nous produisons nos conditions d’existence ne consiste pas seulement à maintenir nos corps en vie, ce que les marmottes et les libellules font très bien. Elle travaille à réaliser les rêves qui ont germé dans nos esprits et auxquels notre imaginaire a donné forme : voler dans les airs, communiquer avec des amis lointains, dormir sur un matelas et non dans les meules de foin, survivre à la peste, assaisonner la salade plutôt que brouter les pissenlits…Reste à faire vivre ensemble ces êtres sexués, bavards, irascibles et gourmands, ce qui n’est pas une mince affaire.

Les quatre sphères agissent l’une sur l’autre et d’un certain point de vue n’en font qu’une. Elles sont unies comme les personnes de la Trinité. Une, car l’existence humaine individuelle comme sociale, n’est pas découpée en tranches, mais se manifeste néanmoins sous des hypostases distinctes, de la même façon qu’un cristal rayonne différemment suivant qu’on l’éclaire de tel ou tel rayon. La construction patriarcale qui caractérise la sphère de la reproduction sexuée influe puissamment sur les représentations et les institutions du pouvoir, dans la sphère du politique. La syntaxe et le lexique de chaque langue ouvrent un champ singulier de possibles qui oriente nos projets et l’économie par laquelle ils se concrétisent.

La religio communis du règne occidental est laïque et rationaliste. Elle ne connaît pas les fantaisies mythographiques de l’animisme gréco-romain, où le culte d’un ruisseau villageois côtoie celui de l’amour, de la chasse, du ciel ou du vin. Ses sacrements sont strictement affectés à la perpétuation de l’ordre dans lequel le libéralisme règle la production et la reproduction des quatre sphères où se constitue notre humanité. Cette rationalité positive, cette simplification radicale sont une des causes de leur influence. Elle masque leur singularité et leur contingence. Elle crédibilise leur prétention à l’éternité et à l’universalité. Elle donne le sentiment qu’en y adhérant, on entérine une évidence. L’Art, l’Etat ou la Marchandise, dieux positifs, n’auraient rien de commun avec les vieilles confessions, si dépendantes de la crédulité humaine. Le témoignage de la raison suffirait. En devenir les hérétiques ou les athées serait donc folie. Ruse de la croyance à laquelle on croit.

Religio communis :

La Marchandise, sacrement de l’économie.

L’Etat, sacrement de la politique.

L’Art, sacrement de la culture.

Plus les sacrements incertains de la reproduction sexuée.

L’ART

L’argent nous avilit. L’Etat mène la guerre. Nous en avons une certaine conscience et il nous arrive de blasphémer. L’Art n’a pas d’ennemi. On le pense inoffensif. Il est de ce fait le sacrement le plus enraciné, le plus désirable, le moins soupçonné. L’Art est libre. La gauche anti-libéraliste défend l’Art, au moins l’Art. La gauche libéraliste défend l’Art, surtout l’Art. La droite craint la prétention de l’Art à dissoudre les normes et se réfugie dans la protection des beaux arts, c’est-à-dire les arts normés, rétrospectivement normés, et c’est encore l’Art. L’Afrique ou les quartiers populaires aspirent à ce que leur créativité saute dans le train en marche et soit reconnue comme participant à l’Art. On n’en sort pas.

En sortir.

Depuis un siècle, l’Art ne parle que de ça, d’une parole ainsi faite qu’elle le cadenasse dans sa légitimité sacramentelle. La parole de l’Art sur la sortie de l’Art échoue invariablement dans les revues d’Art.

Il y a une autre parole « hors l’Art », un jugement souvent qualifié de populiste : l’art contemporain, passe-temps de branleurs ! Mais ce réflexe est tellement pauvre, tellement peu nourrissant que tout esprit doté d’un appétit moyen en revient à l’Art.

On n’en sort pas.

Les objets d’art sont de simples sacramentaux, mais le sacrement lui-même c’est l’Art, règle du jeu par laquelle l’Occident libéraliste produit et légitime les objets d’art. Or la règle de l’Art a donné Macbeth, La Joconde, le Marteau sans maître, la Sixtine, Miles Davis, les Fleurs du mal, le festival de Cannes : pourquoi chicaner l’Art ? Il est très bien l’Art. Qu’est-ce que l’Art vous a fait ?

On n’en sort pas.

C’est dans sa référence à l’Art que la domination occidentale est le moins contestée, qu’elle s’impose avec le plus d’évidence, qu’elle provoque le moins de résistance. Jusqu’à devenir aimable.

L’Art seul est contemporain. Propriétaire du brevet. Celui qui n’entre pas dans ses voies, l’Art peut le hisser sur sa crête, l’envelopper dans ses rets, l’emporter dans son vent, mais comme objet inerte, brut, inconscient de lui-même, comme objet non daté. Les « arts premiers » sont hors l’histoire. Ils n’ont pas d’âge. Parmi les objets qu’exposent les musées d’arts premiers, certains sont chronologiquement postérieurs aux Demoiselles d’Avignon.

Le mot contemporain au sens de l’art contemporain résume la domination de l’Occident. Il est la figure sous laquelle l’Occident se présente au monde et le domine. L’Occident règne parce que lui seul est contemporain, parce que l’histoire selon l’Occident est un vecteur unique dont la pointe est l’Occident seul. L’émancipation humaine, la culture contemporaines telles que le libéralisme se les représente enjoignent aux autres de courir après la pointe du vecteur occidental, puis, pour ceux qui en ont l’énergie, au risque de se rompre les membres, à sauter dans le train en marche.

On n’en sort pas.

Pour en sortir, dénouer le paradoxe.

Les figures de l’Art, de l’Artiste, de l’œuvre d’Art ne sont pas le dépôt des deux guerres qui ont conduit à la victoire de l’Occident sur le monde, la guerre par l’Etat, la guerre par l’argent. Elles sont des agents étourdis, à disposition, enrôlés sans y voir malice dans la pacification impériale. Si elles sont des auxiliaires tellement efficaces de la domination occidentale, c’est comme les religions qui parviennent à se perpétuer par delà les fractures de l’histoire, parce qu’en deçà de leurs formulations baroques, de leurs dogmes cruels et de leurs tours de magie, elles portent la trace du travail spirituel grâce auquel l’humanité construit son humanité. Les figures de l’Art, de l’Artiste, de l’Œuvre d’Art portent la trace du travail symbolique par lequel l’Occident prend sa part dans la construction de l’humanité. Elles ne sont pas seulement des fétiches de sa domination.

Ce que la figure de l’Art fétichise est un espace historique, singulier, de la conversation dans laquelle les humains inventent leur humanité. En fétichisant cet espace, c’est-à-dire en l’universalisant, en le désingularisant, la figure de l’Art stérilise la possibilité ouverte à l’Occident comme à tous : se dire à soi-même, converser avec les autres. Il se fait le verrou hautain d’un emprisonnement généralisé dans la forme du monde voulue par la domination occidentale. Le verrou est la fétichisation de la trace, non pas ce qui a tracé la trace. Rompre la digue pour retrouver la liberté des flots, leur inclination à la confluence, leur capacité à fertiliser les sols et à déchausser les idoles. Déverrouiller.

L’Art est un faux dieu, mais une bonne piste.

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