LA DANSE OU LE CHAOS Méditation sur la création du monde

Texte écrit pour la conférence de Yamoussoukro organisée par le Groupe Initiative Afrique en 2014 sur le thème : « Jeunesse africaine, opportunité historique ou bombe à retardement »

Solo, la danse envahit le silence qui l’habite. La danse le choisit. Ce ne sera ni l’armée des enfants soldats, ni la mafia, ni le naufrage en Méditerranée, ni la violente roulette de la rue. « La danse, c’est ma vie ». La danse n’est pas rien. Elle est une silencieuse mise en forme de l’être. Elle ne nait pas de rien, mais sur le socle d’une transmission, d’un savoir qui s’apprend, qui souvent s’apprend dans l’épreuve. Elle est une discipline. Elle est aussi la création de soi, une création toujours unique parce que chaque corps dans lequel elle advient est unique.

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L’évadé

L’histoire commence dans une bourgade de campagne, à 650 km au Nord de Bamako, Mali. L’enfant suit la ligne des plans de mils, que sarclent sa houe, ses muscles. La houe et le labeur sont trop lourds pour lui. La coercition qui le met à leur service est trop dure pour lui. Les rires de ses camarades qui rentrent de l’école où on ne l’a pas envoyé sont trop perçants pour lui. Il en pleure de fatigue. L’enfant, de famille musulmane, porte le nom d’un roi d’Israël, Souleymane, Salomon, mais on l’appelle Solo.

Quinze ans d’âge. Solo médite son évasion. Sa grand-mère, à qui ses parents l’avaient « donné », l’environnait de tendresse. Elle est morte. Son oncle à qui on le confie alors confond l’éducation avec le dressage. Solo n’aime pas. Un jour, il fuit. Les artifices de l’adolescence et les ruses de la liberté le conduisent dans la rue, à Bamako, la capitale. Nuits à la belle étoile et rapines en bande organisée. Repas mendiés et colles euphorisantes. Il ne dit pas tout. Voyages clandestins vers le Sénégal sur les tampons du train escaladés en chemin et d’où tombent les moins résistants. Ça oui, ça il l’avoue. Les recoins où il dort, les amis qu’il a conservés, il les montre. Mais Solo est d’abord un habitant du silence. Un jour, sa mère vient à Bamako, retrouve sa trace, le supplie, le convoque. Il répond à son appel, se rend à sa convocation, écoute les suppliques, les remontrances, puis déclare qu’il a envie d’aller aux toilettes et s’enfuit.

  • Pourquoi as-tu fait ça à ta mère ? Une mère, c’est doux. La rue de Bamako, c’est dur, non ?

Silence.

  • La rue de Bamako, c’est dur.
  • Pourquoi préfères-tu cette dureté au tendre appel de ta mère ?

Silence.

  • Je préfère la rue à la compagnie de ma mère à cause de la liberté.
  • Le mot liberté, tu le dis comment en langue bamanan.

Silence.

Longue, longue hésitation mutique, puis :

  • Je dirais… lafiya.

La réponse est inattendue. En langue bamanan, la traduction canonique du mot français est horonya, qui désigne la liberté politique, le droit de cité. Lafiya est généralement traduit par tranquillité. Horonya : laisse-moi choisir ! Lafiya : laisse-moi tranquille ! Laisse moi aller là où me pousse la vie. En deçà du choix.

La possibilité du choix. La possible dérive. Le possible naufrage.

La femme qui fait danser les enfants

Dans les rues de Bamako, l’eau se vend en sachets plastiques proposés par des enfants naufragés, pour quelques francs, pour manger ce soir. Solo vend de l’eau pour manger ce soir. Il pense : je ne passerai pas ma vie à vendre de l’eau. Le Djihad, les mafias, les armées de fortune, l’alcool, le meurtre pour une moto, pour un smartphone sont une réponse possible à cette résolution.

Un jour, un ami donne à Solo une curieuse information : il y a, ici, à Bamako, une femme qui fait danser les enfants des rues ; si tu acceptes d’être de ses enfants danseurs, elle te donne 1000 F par jour (1,5 €). Danser, Solo s’en moque. Danser, personne jamais n’a vécu de ça dans sa famille. 1000 F l’arrangent. Il pose ses sachets d’eau sur le bord de la route et part et danse.

Solo, la danse envahit le silence qui l’habite. La danse le choisit. Ce ne sera ni l’armée des enfants soldats, ni la mafia, ni le naufrage en Méditerranée, ni la violente roulette de la rue. « La danse, c’est ma vie ». La danse n’est pas rien. Elle est une silencieuse mise en forme de l’être. Elle ne nait pas de rien, mais sur le socle d’une transmission, d’un savoir qui s’apprend, qui souvent s’apprend dans l’épreuve. Elle est une discipline. Elle est aussi la création de soi, une création toujours unique parce que chaque corps dans lequel elle advient est unique. Est-elle un spectacle ? Solo ne se pose pas la question. « Je danse pour moi même ». Le spectacle est un gagne-pain. Solo s’abandonne à la danse. Remarqué par une des écoles de danse les plus sélectives du monde, il y rencontre sans s’y perdre les savoirs sophistiqués de cet art.

Un manque, une pauvreté, une souffrance dont il est urgent de se sauver. Dont il faut avoir la périlleuse audace de se sauver. Sans autre certitude que cette audace capable de submerger la conscience du péril. Sans mot, sauf « la danse, c’est ma vie ».

Pourquoi choisir la misère de la rue, le « mal » de la rue, plutôt que la sécurité du dressage ? Liberté. Lafiya.

Il y a toujours un avant du salut, de la création.

Le Vivant et l’informe

La Bible, dans son premier verset, nous dit qu’avant sa mise en forme par Dieu, le monde « n’était que solitude et chaos ». En hébreu Tohou vaBohou, תהו ובהו, tohu bohu, non-sens. Le Vivant et l’informe. Contrairement au mythe philosophique de la création ex nihilo, ce texte inaugural ne nous dit pas qu’au commencement, il n’y a rien sauf Dieu. Elle nous dit qu’au commencement, il y a le chaos et qu’il y a Dieu, l’informe et l’artisan des mises en forme. Elle nous dit qu’il y a la solitude et qu’il y a Dieu, le stérile et le fécond. C’est dans un chaos, dans une solitude que toujours naît la foi. La foi de Dieu dans la possibilité du monde. La foi de l’exclue dans la bonté du Christ. La foi de Solo dans la danse. La liberté n’existe pas sans un chaos originel, ni la liberté de Dieu, ni la liberté de l’enfant des rues en marche vers la dame qui fait danser. Ni le façonnage du chaos, ni la rédemption de l’enfant des rues. La foi donne sens à un chaos. Sans ce chaos, cette solitude, sans une histoire à engager pour en sortir, sans une trajectoire à mettre en forme, si tout déjà est en ordre, si l’histoire est à son terme et la trajectoire aboutie, la foi est un véhicule inutile et l’idolâtrie prend le relais. C’est pourquoi l’évangile est « annoncé aux pauvres ». Aux affamés. A ceux à qui la faim donne de l’appétit. « Je te loue, Père, Seigneur du ciel et de la Terre d’avoir caché ces choses aux sages et aux intelligents et de les avoir révélées aux tout petits » Luc 10,21. C’est dans le chaos de l’inabouti que naît la foi. Il est difficile au riche de pratiquer la foi. Pas impossible, mais difficile. Jésus parle ainsi : « Je vous le dis en vérité, un riche entrera difficilement dans le royaume des cieux. Je vous le dis encore, il est plus facile à un chameau de passer par le chas d’une aiguille qu’à un riche d’entrer dans le royaume de Dieu. » Matthieu 19, 23 et 24. Ce n’est pas par un décret du roi, mais par la révolution du peuple qu’adviennent les droits de l’homme. « Feu dit Pascal. Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, non des philosophes et des savants. » Avant de s’engager dans la foi, le riche, le savant doivent impérativement trouver là où ils sont pauvres, ignorants, dépossédés et trouver l’appétit de donner forme au chaos de cette ignorance, de cette misère. Leur richesse, leur savoir, leur satiété soufflent la tentation : Pourquoi t’embarrasser d’un tel appétit. La satiété a de puissants arguments, de puissantes séductions. Plus facile à un chameau de passer par le chas d’une aiguille…

 L’esprit d’abord frissonne, faseille comme une voile qui s’offre au vent mais ne sait pas encore comment le prendre, s’y prendre. L’esprit de Solo faseille dans la rue bamakoise. Il faseille devant l’appel de sa mère. Pour trouver dans son âme un équivalent au mot français liberté, il faseille. Lafiya. Frisson de l’esprit devant les perspectives de la liberté. Il faseille pour les mille francs que donne, dit-on, la dame qui fait danser les enfants. Prendre le vent ou se laisser déchiqueter par le vent ? Ce qui lui fait prendre le vent est en lui-même. « La danse, c’est ma vie ». Mais il a besoin d’un témoignage, d’une transmission, d’une incarnation, d’une boussole. Il a besoin d’une parole. La dame, avare de ses mille francs, n’est pas avare de la danse. Elle en témoigne. Elle la lui transmet. On ne vit pas tout seul. La foi ne prend pas hors du monde. La danse « dont il avait entendu parler »…

Les deux enfants de la foi

L’Occident dit de l’art qu’il est création, des artistes qu’ils sont créateurs. C’est une prétention qui peut conduire à l’idolâtrie. Mais il y a aussi quelque chose de véridique dans cette qualification, Le poète augmente la puissance des mots, même si la puissance des mots est faite d’augmentations innombrables qui le précèdent. Le poète peut reconnaître la création dans ce qu’il fait, s’il n’oublie pas ce qu’il doit à l’immense héritage collectif auquel le jeune poème apporte son infime augmentation.

Ce que transmet la dame qui fait danser les enfants est un récit bancal. Elle dit : « danse contemporaine ». Terme impérial qui annexe la contemporanéité à l’empire occidental, qui l’assimile à la transgression de la danse classique occidentale par l’histoire occidentale de l’art, par l’invention occidentale de la modernité. La dame de Bamako parle de la danse qu’elle enseigne aux enfants des rues bamakois comme Christophe Colomb se donnait les Indes comme destination, sans savoir qu’il voguait vers une terre inconnue. Parole infirme. Parole ouverte. Parole efficace qui, dans son approximation même, ouvre la route sans frayer le chemin.

La création et le salut sont les deux enfants de la foi, mais au commencement est la création, l’harmonie modelée avec la boue du chaos, l’avènement de la rencontre sur les débris de la solitude, l’invention du sens dans les éboulis du non-sens. Le monde informe est façonné par Dieu « et Dieu vit que cela était bon ». Eden est enfant de la foi de Dieu contre le chaos, contre la solitude. « Et Dieu vit que cela était bon ». Ce que les religieux nomment péché est un retour au chaos, à la solitude, au non-sens. La dislocation d’Eden. Dé-création. Dys-création. A sa façon, délimité par le temps où les Hébreux l’imaginent, par les représentations dont ils disposent, le péché d’Adam et Eve rompt l’harmonie du monde et met le chaos dans leur âme, dans leur relation d’homme et de femme, dans leur progéniture. Par le meurtre, dé-création de l’image de Dieu, Abel et Caïn sont rendus à la solitude, au non sens. Le pécheur est un dieu qui n’aurait pas la foi.

L’appel de la foi subsiste néanmoins. Il invite et invite à interrompre l’éboulement du monde, à reprendre le façonnage du monde, à lui rendre, à lui réinventer une harmonie. La pratique de la foi est une re-création à laquelle le vocabulaire religieux donne le nom de salut. La crise écologique, les idéologies (les croyances crues) et les pratiques qui l’accompagnent fournissent une suggestive métaphore de la séquence figurée par les termes religieux création – péché – salut. L’ordre du monde, les rythmes de la nature, la sauvagerie du loup et la paix des pâturages sont considérés comme antérieurs et « bons ». Les émissions de carbone, les marées noires, la fusion nucléaire ou la chasse au loup désorganisent, désharmonisent, disloquent le monde. Le salut du monde nécessite non l’impossible retour à l’harmonie originelle, mais la re-création d’une harmonie nouvelle qui s’inspire de l’harmonie originelle, qui s’inscrit dans le mouvement de cette harmonie. Il appelle à une conversion des mœurs, par exemple à la pratique de la frugalité heureuse ou à la collecte sélective des ordures. Le retour au chaos, à la solitude, au non-sens est aussi possible.

Par les mouvements de son corps, par l’attention contemplative qu’il y porte, par l’ascèse qui rend possible l’invention de nouvelles harmoniques, par la plénitude qu’il en ressent, le danseur donne forme, donne sens à son existence, apporte sa pierre, sa foi à la re-création de l’humain, partage et transmet cette re-création à travers la joie de ceux qui la contemplent. Il sauve le monde. Il est le corps du Christ.

Recréer n’est pas reproduire. La dé-création, la dislocation du monde est un acte libre, l’acte d’un dieu qui n’a pas la foi. C’est le même humain, le même dieu fort et fragile, mais placé dans le mouvement de la foi, à qui est ouverte la possibilité de re-créer le monde. Lui, pas la mouche, pas la pintade, pas la tortue, pas les anges du ciel. Ce monde, ce temps du monde, pas un autre. L’éventuelle association des humains à la création du monde ne photocopie pas l’œuvre de Dieu. Elle la contemple, elle s’en inspire, elle s’y accorde, mais elle invente. « Vous êtes le corps du Christ. Vous êtes ses membres » écrit l’apôtre Paul aux chrétiens de Corinthe.

La création débouche sur un monde constitué de singularités, un monde qui ne contient pas tout ce que porte la tension créatrice. Ce monde abrite des lions, des araignées, des bactéries ou des requins-marteaux. Mais ni les licornes, ni les sirènes, ni les loups-garous, qui campent dans l’imaginaire, en deçà de la création, dans l’indépassable inaboutissement de la création. La foi est toujours création de formes particulières, de contenus singuliers. En s’incarnant dans des histoires concrètes, elle renonce à l’exhaustivité, à l’universalité, à la toute puissance. L’humain, dont la Bible fait l’image de Dieu, dispose de quatre membres, pas sept, par douze. Il ne pond pas des œufs. Contrairement à la chauve-souris, il ne sait pas se guider par écholocation. L’image de Dieu est imparfaite, inaboutie. Ce qui ne signifie pas que l’humain est une image inaboutie de Dieu. Ce qui signifie que l’inaboutissement est constitutif d’un Dieu créateur, d’un Dieu qui choisit de ne pas se suffire à lui-même, qui se continue dans la création. L’homme est à l’image de Dieu en ce qu’il est capable de participer à la foi de Dieu, à la création du monde. Ou de s’y refuser.

Parmi les formes particulières, les contenus singuliers que produit la foi, l’éthique et la morale tiennent une place particulière. Toute éthique, toute morale, pour être vécues, doivent d’abord renoncer à l’exhaustivité, à l’universalité, à la toute puissance. La morale chrétienne, la morale islamique, l’éthique du danseur sont des produits de la foi comme le lion est un produit de la création. Le lion peut dire « je suis lion » et Dieu vit que cela était bon. Mais s’il dit « je suis la vérité », il se rend ridicule. Aucune éthique, aucune morale ne peut dire « je suis la vérité ».

Le jeune évadé des rues de Bamako se recrée par la danse. Il se sauve de la dislocation par la danse. La danse n’est pas seule à ouvrir sur de tels cheminements. Elle n’est pas « la » vérité du monde.

La charité chrétienne, la prière du musulman, le détachement du bouddhiste, le courage du résistant, l’engagement du syndicaliste disent ensemble que le monde n’est pas fini, qu’il est réparable, qu’il reste créable.

Satan

Le dieu qui n’a pas la foi, la tradition biblique lui donne le nom et la figure de Satan. Satan veut s’égaler à Dieu, mais ça lui est impossible parce qu’il n’a pas la foi. Il veut régner sur la création, il en a la puissance. Il a la puissance de régner, la puissance de disloquer la belle création de Dieu et la belle création de l’homme que Dieu a fait à son image, mais il n’a pas la foi, cette foi qui conduit Dieu à aller au delà de lui même, sans nécessité, à se vouloir un compagnon à son image, homme et femme, pour façonner le monde avec lui. Dieu qui a foi dans l’humain créé à son image pour inventer le monde avec Lui. Satan n’a pas foi dans l’humain. Il en est jaloux.

Frisson de l’esprit, moment où la liberté est encore sans cause ni but, bifurcation. Les entreprises sataniques comme Boko Haram, le parti nazi, Daech ou les brigades de Pol Pot recrutent parmi les enfants de la rue, les séduisent dans le moment où leur esprit frissonne sans but ni destinée. L’enfant de la rue, ces entreprises sont conscientes de sa puissance qui est à l’image de la puissance de Dieu. Mais elles lui interdisent la foi. Elles lui interdisent de concourir à la création. Elles l’enrôlent dans la dislocation du monde. L’obsession du meurtre est la marque de ces entreprises, la marque de Satan, meurtres indistincts, sans autre affect que la jouissance d’être tout puissant contre la création, contre l’image de Dieu, meurtres mis en scène, donnés en exemple, exécutés pour provoquer l’effarement, pour effacer toute perspective, pour abasourdir toute foi. Images de Dieu avilies, égorgées, crucifiées, gazées, disloquées… Il n’est pas indifférent que certaines de ces entreprises se placent si volontiers sous l’invocation de dieu ou du bonheur de l’humanité. Elles manifestent ainsi la disponibilité des croyances mortes aux manipulations de l’idolâtrie. Elles nous rappellent que le dieu de la croyance, le dieu inscrit dans le dépôt mort de la foi vivante, le dieu pétrifié, sédimenté, paralysé par la carapace des dogmes, interdit de mouvement, si l’on oublie que ce dieu-croyance n’est qu’une trace, devient la plus pernicieuse, la plus efficace des idoles. La vigilance face à ce retournement de l’esprit est le cœur de ce à quoi on donne le nom de « vie spirituelle ».

La puissance de nommer

Dieu met en forme le chaos, mais il laisse une part de cette mise en forme à l’humain, son image, sa ressemblance. Il lui confie la tâche de nommer les formes qu’il modèle en puisant dans le chaos. « L’Éternel Dieu forma de la terre tous les animaux des champs et tous les oiseaux du ciel, et il les fit venir vers l’homme, pour voir comment il les appellerait, et afin que tout être vivant portât le nom que lui donnerait l’homme. [20] Et l’homme donna des noms à tout le bétail, aux oiseaux du ciel et à tous les animaux des champs » Genèse, 2, 19-20. Ce qui n’est pas nommé est invisible, informe. Il faut qu’elle soit nommée pour que la pénicilline sauve la vie des gens, il faut qu’elle ait été délimitée par la science qui nomme. Avant d’être nommée, elle est une moisissure informe et sans usage. Alexandre Fleming, qui découvre et nomme la pénicilline, qui sauve ainsi davantage de malades que le guérisseur Jésus n’a jamais pu l’imaginer, prend sa part de la mise en forme, de la création.

Invention

Le mot invention a deux sens. On « invente » un trésor et on peut pour cela dire que le guérisseur Fleming a inventé le principe de la pénicilline. On « invente » un projet né de l’imagination, par exemple le transport automobile ou la danse contemporaine, et on peut pour cela dire que le biologiste Fleming a inventé le médicament pénicilline. Dans les deux cas, il s’agit d’une mise en forme à partir d’une situation de chaos, de non-sens : extension des choses, extension des choses nommées. Ces « inventions » créent chaque fois, à la marge ou en grand, un nouvel équilibre dumonde, qui vu de l’ancien équilibre a la figure du déséquilibre. Cette permanente invention/création du monde nous contraint, pour pouvoir nous y repérer et nous y mouvoir, de modifier notre vision du monde, notre vision de l’unité du monde. Ce travail de l’esprit – travail spirituel –, l’Occident lui a donné le nom de philosophie. La philosophie est le travail de l’esprit qui crée la cohérence du monde et qui permet d’en user avec sagesse. En ce sens, elle est toujours vraie en tant que démarche, et toujours fausse, toujours périssable en tant que doctrines attestant de la démarche. « Une » philosophie toujours vraie. « Des » philosophies toujours mortelles. L’avènement des mathématiques, la découverte via les manuscrits arabes des textes d’Aristote, la physique galiléenne, l’émergence de la classe ouvrière, le génocide nazi ou l’aventure imprécise de l’enfant vers la dame qui va le faire danser obligent à repenser le monde, à ré-imaginer les « raisons » de son unicité, à re-créer son sens, à le faire émerger du chaos de sens que fait apparaître la nouveauté encore non pensée.

Inventer son corps et le donner à voir de telle sorte qu’on puisse y reconnaître l’âme du monde, c’est re-créer le monde. L’effort de l’enfant qui s’invente lui-même en dansant est une figure philosophique, un acte spirituel.

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