LA DANSE OU LE CHAOS récit chorégraphique

Une chorégraphie autobiographique dansé par Souleymane Sanogo, des ateliers danse/vidéo sur le thème « Un tournant dans ma vie »

Solo, la danse envahit le silence qui l’habite. La danse le choisit. Ce ne sera ni l’armée des enfants soldats, ni la mafia, ni le naufrage en Méditerranée, ni la violente roulette de la rue. « La danse, c’est ma vie ». La danse n’est pas rien. Elle est une silencieuse mise en forme de l’être. Elle ne nait pas de rien, mais sur le socle d’une transmission, d’un savoir qui s’apprend, qui souvent s’apprend dans l’épreuve. Elle est une discipline. Elle est aussi la création de soi, une création toujours unique parce que chaque corps dans lequel elle advient est unique. 

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Souleymane Sanogo, dans le spectacle de BlonBa Ala tè sunogo (Dieu ne dort pas)

Ce dossier fixe l’intention et le propos autour desquels se construit ce spectacle en cours de création et qui devrait être abouti en début octobre.

Chorégraphie Tidiani Ndiaye, textes Jean-Louis Sagot-Duvauroux, direction d’acteur François Ha Van, interprétation Souleymane Sanogo. Une création de BlonBa/Théâtre de l’Arlequin et de Copier-Coller.

 Contact : Jean-Louis Sagot-Duvauroux jlsd@club-internet.fr +33 (0)6 76 68 34 81

UNE HISTOIRE VRAIE

L’histoire commence dans une bourgade de campagne, à 650 km au Nord de Bamako, Mali. L’enfant suit la ligne des plans de mil que sarclent sa houe, ses muscles, ses mains. La houe et le labeur sont trop lourds pour lui. La coercition qui le met à leur service est trop dure pour lui. Les rires de ses camarades qui rentrent de l’école où on ne l’a pas envoyé sont trop perçants pour lui. Il en pleure de fatigue. L’enfant, de famille musulmane, porte le nom d’un roi d’Israël, Souleymane, Salomon, mais on l’appelle Solo.

Quinze ans d’âge. Solo médite son évasion. Sa grand-mère, à qui ses parents l’avaient « donné », l’environnait de tendresse. Elle meurt. La tendresse aussi. Un jour, il fuit. Les artifices de l’adolescence et les ruses de la liberté le conduisent dans la rue, à Bamako, la capitale. Nuits à la belle étoile et rapines en bande organisée. Repas mendiés et colles euphorisantes. Il ne dit pas tout. Voyages clandestins vers le Sénégal sur les tampons du train escaladés en chemin et d’où tombent les moins résistants. Ça oui, ça il l’avoue. Les recoins où il dort, les amis qu’il a conservés, il les montre. Mais Solo est d’abord un habitant du silence. Un jour, sa mère vient à Bamako, retrouve sa trace, le supplie, le convoque. Il répond à son appel, se rend à sa convocation, écoute les suppliques, les remontrances, puis s’enfuit derechef.

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Souleymane Sanogo (au centre), retour au village

Celui à qui l’histoire est racontée s’interroge.

  • La rue de Bamako, c’est dur. Pourquoi préfères-tu cette dureté au tendre appel de ta mère ?

Silence

  • Je préfère la rue à la compagnie de ma mère à cause de la liberté.
  • Le mot liberté, tu le dis comment en langue bamanan (bambara).

Silence

Longue, longue hésitation mutique, puis :

  • Je dirais… lafiya.

La réponse est inattendue. En langue bamanan, la traduction canonique du mot français « liberté » est horonya, qui désigne la liberté politique, le droit de cité. Lafiya est généralement traduit par tranquillité. Horonya : laisse-moi choisir ! Lafiya : laisse-moi tranquille ! Laisse moi aller là où me pousse la vie. En deçà du choix.

Pourquoi choisir la misère de la rue, le « mal » de la rue, plutôt que la sécurité du dressage ? Liberté. Lafiya ?

Dans les rues de Bamako, l’eau potable se vend en sachets plastiques proposés par des enfants naufragés, pour quelques francs, pour manger ce soir. Solo vend de l’eau pour manger ce soir. Il pense : je ne passerai pas ma vie à vendre de l’eau. Le Djihad, les mafias, les armées de fortune, l’alcool, le meurtre pour une moto, pour un smartphone sont une réponse possible à cette résolution.

Un jour, un ami donne à Solo une curieuse information : il y a, ici, à Bamako, une femme qui fait danser les enfants des rues ; si tu acceptes d’être de ses enfants danseurs, elle te donne 1000 F par jour (1,5 €). Danser, Solo s’en moque. Danser, personne jamais n’a vécu de ça dans sa famille. 1000 F l’arrangent. Il pose ses sachets d’eau sur le bord de la route et part et danse.

Vidéo : Souleymane Sanogo dans Ala tè sunogo/Dieu ne dort pas. (Cette vidéo prise à Bamako en 1995 n’est pas une scène de La Danse et le chaos, mais s’intègre à une comédie de kotèba. Elle permet de découvrir le danseur, non le spectacle)

Solo, la danse envahit le silence qui l’habite. La danse le choisit. Ce ne sera ni l’armée des enfants soldats, ni la mafia, ni le naufrage en Méditerranée, ni la violente roulette de la rue. « La danse, c’est ma vie ». La danse n’est pas rien. Elle est une silencieuse mise en forme de l’être. Elle ne nait pas de rien, mais sur le socle d’une transmission, d’un savoir qui s’apprend, qui souvent s’apprend dans l’épreuve. Elle est une discipline. Elle est aussi la création de soi, une création toujours unique parce que chaque corps dans lequel elle advient est unique. Est-elle un spectacle ? Solo ne se pose pas la question. « Je danse pour moi même ». Le spectacle est un gagne-pain. Solo s’abandonne à la danse, pas au spectacle. Même si c’est souvent sur la scène qu’il danse « pour lui-même ». Remarqué par une des écoles chorégraphiques les plus sélectives du monde, il y rencontre sans s’y perdre les savoirs sophistiqués de cet art.

Un manque, une pauvreté, une souffrance dont il est urgent de se sauver. Dont il faut avoir la périlleuse audace de se sauver. Sans autre certitude que cette audace capable de submerger la conscience du péril. Sans mot, sauf « la danse, c’est ma vie ».

DESTINS D’AFRIQUE

« La Danse ou le chaos » s’inscrit dans une série de spectacles que la compagnie bamakoise BlonBa a consacrés à des figures de la vie artistique du Mali. Les premiers de ces spectacles ont permis de découvrir le destin de deux pionniers du mouvement hip hop bamakois, les rappeurs Lassy King Massassy (L’Homme aux six noms) et Ramsès Damarifa (Plus fort que mon père). Ils ont été tous les deux co-produits par le théâtre d’Ivry Antoine-Vitez et mêlaient le théâtre et la musique. Ces autobiographies théâtrales et musicales ont largement tourné au Mali, en France et au Sénégal. Plus fort que mon père, sélectionné au festival Casamance en scène (Ziguinchor, Sénégal) en a reçu le premier prix. « La Danse ou le chaos » constitue une nouvelle étape, avec cette fois l’intervention de la danse de création, en pleine effervescence dans toute l’Afrique.

« La Danse ou le chaos » met en lumière (et en ombres) un des enjeux majeurs du continent : la bifurcation devant laquelle se trouve placée une jeunesse innombrable, d’une énergie acérée, mais sans boussole. La noyade en Méditerranée, le nihilisme suicidaire du djihadisme, l’enrôlement comme enfants soldats, la vénalisation du sexe, la désintégration culturelle sont possibles et malheureusement à l’œuvre. D’étonnants miracles se produisent néanmoins, nombreux, partout, transfigurant des destinées qui semblaient vouées au désespoir social et à l’étouffement. Cette bifurcation potentielle est une des figures les plus prenantes et les plus significatives du monde à naître, du monde qui germe au moment où l’hégémonie du projet occidental s’effrite.

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La joie après une représentation à l’Alliance française de Bangui

QUESTIONS D’EUROPE

Les deux premiers spectacles de cette série de portraits, quand ils ont été montrés en France à la jeunesse de quartiers populaires, ont provoqué une vive empathie de la part du public et souvent débouché sur des débats passionnants. En septembre 2016, la proviseure du lycée professionnel Ampère de Morsang-sur-Orge (91) a même choisi d’organiser le jour de la rentrée l’accueil des nouveaux élèves non pas dans l’établissement, mais autour du spectacle « L’Homme aux six noms » dans le petit théâtre que l’agglomération du Cœur d’Essonne a choisi de confier à l’antenne française de BlonBa. Elle pensait que la rencontre « culturelle » avec le destin du rappeur Lassy King Massassy né dans l’extrême pauvreté atténuerait le sentiment, fréquent dans les lycées « pro », d’être engagés dans une voie de garage pour élèves sans avenir ni talent. Pari gagné. La rencontre avec le destin de Souleymane Sanogo et avec la résurrection par la danse sera portée par le même souffle. Elle ouvrira sur des expériences du même ordre.

LES EQUIPES DE BLONBA ET DE COPIER-COLLER

 « La danse ou le chaos » est une création de la compagnie théâtrale BlonBa, avec la compagnie de danse Copier-Coller, l’une et l’autre basées à Bamako, mais disposant d’antennes vivantes en France.

Jean-Louis Sagot-Duvauroux, co-fondateur avec Alioune Ifra Ndiaye de la compagnie BlonBa, dramaturge et philosophe, a imaginé l’idée du spectacle et en assurera la partie texte.

Tidiani Ndiaye, danseur et chorégraphe, animateur de Copier Coller, conduira la conception chorégraphique de la pièce.

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Tidiani Ndiaye, dans sa pièce chorégraphique « Moi, ma chambre, ma rue »

François Ha Van, comédien, metteur en scène, directeur d’une école de théâtre, travaillera avec Souleymane Sanogo le jeu d’acteur et la mise en scène.

Cette équipe a déjà été réunie, notamment pour la création de la pièce Ala tè sunogo (Dieu ne dort pas) qui mêlait théâtre et danse contemporaine, un spectacle représenté une soixantaine de fois au Mali, en France, en Centrafrique, en Côte d’Ivoire et en Tunisie. Ala tè sunogo a été sélectionné en 2016 par le Masa d’Abidjan et par les Journées théâtrales de Carthage. 

UN SPECTACLE TOUT TERRAIN : REPRESENTATIONS, ATELIERS…

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Un premier atelier « Un tournant dans ma vie » conduit par Tidiani Ndiaye au théâtre de l’Arlequin, à Morsang-sur-Orge (91)

« La Danse et le chaos » est en cours de création (Première en septembre 2017). Sa présentation peut éventuellement être déclinée en deux étapes : performances participatives dans des lieux de vie (établissements scolaires, locaux associatifs, appartements, etc.) puis représentation dans une salle équipée.

Il donnera lieu à des parcours qui s’inscrivent dans le dispositif Imaginaires en commun (https://jlsagotduvauroux.wordpress.com/imaginaires-en-commun/). Ces parcours peuvent être construits sur mesure avec les institutions ou les lieux que le concept intéresse, mais en voici une forme simple :

Autour du thème « Un tournant dans ma vie », un atelier est mis en place pour un petit groupe de personnes intéressées. Les participants sont invités à rechercher et à raconter « un tournant dans leur vie », une bifurcation à l’image de celle évoquée dans « La danse ou le chaos », même si ce « tournant » peut être et sera souvent plus léger que celui effectué par Souleymane Sanogo. Chaque récit/témoignage est recueilli sous la forme d’un court film en vidéo. A partir de ce matériau, le groupe recherche les gestes qui peuvent exprimer l’âme de l’histoire, puis un travail chorégraphique mené avec la personne concernée par Souleymane Sanogo ou Tidiani Ndiaye aboutit à un module vidéo/danse. Mis bout à bout, les différents modules donnent lieu à une restitution publique, puis à une représentation de « La danse ou le chaos » qui peut être donnée dans le même temps ou un peu plus tard.

DEUX EXEMPLES DE PERFORMANCES DANSE/VIDEO SUR LE THEME « UN TOURNANT DANS MA VIE »

https://vimeo.com/223478403 – Mot de passe : DanseChaosMerv2017

https://vimeo.com/223467348 – Mot de passe : DanseChaosGAE2017

Des parcours de même nature vont être organisés au Mali et les modules danse/vidéo issus des ateliers bénéficieront de captations audiovisuelles qui permettront par le vecteur des réseaux du net des échanges directs et personnalisés entre les deux pays. Un moyen de populariser la danse contemporaine et de resserrer les liens entre les civilisations.

ALA TE SUNOGO     SOULEYMANE SANOGO – CURRICULUM VITAE

EXPERIENCES PROFESSIONNELLES

  • Octobre 2016

Performance pour Patshiva CIE, avec Fatou Traoré.

  • Septembre 2016

Projet «The Bialowieza project» en collaboration avec les étudiants du Royal Institute of Theatre, Cinema and Sound (RITCS).

Participation au festival « Murmurez frénétique » – 3ème édition.

  • Aout 2016

Création « Mythologie », projet interdisciplinaire, création Hélène Lacrosse.

  • Février – mars 2013

Résidence de création « Fatoumata mana » au C.N.D de Pantin. Spectacle présenté au festival Essonne danse.

  • 2012

« Allah te Sunogo », création de la compagnie Blonba, Jean-Louis Sagot.

  • 2011 – 2012

« Les sorciers », création Aly Karembé, compagnie Karembé studio.

  • 2010

« Confinement », création Nelisiwe Xaba.

  • 2009

« Personne ne reste », création compagnie Vigilance.

« Apocalypse », création compagnie Doudadou.

  • 2008

« Chez Rosette », création Kettly Noël.

  • 2006

« Waterproof », création Anuscka Brodacz pour la Jeune Compagnie.

  • 2005

« Moving Pictures », création Moketsi Koena pour la Jeune Compagnie.

FORMATIONS

  • Septembre 2013 – juin 2016

Cycle de formation à P.A.R.T.S, école crée et dirigée par Anne Teresa De Keersmaeker Forest, Belgique

Technique de danse : ballet, contemporain, travail et création personnels.

Workshop : répertoire, improvisation, composition, chorégraphie.

Etude corporelle : anatomie, yoga, pilate, shiatsu, nutrition.

Théâtre

Musique : analyse musicale, chant, rythme

Cours théoriques : histoire de la danse, philosophie des arts, sociologie, analyse de performance, management.

Projets personnels et stage.

  • Janvier – février 2016

Formation P.A.R.T.S : stage de perfectionnement à l’école des sables dirigée par Germaine et Patrick Acogny – Dakar, Sénégal.

Technique de danse : sabar (danse traditionnelle sénégalaise), danse Zulu, contemporain.

Cours théoriques : histoire de la danse africaine, histoire de l’art africain.

  • 2012 – 2013

Formation en composition chorégraphique organisée par la fondation – Bougousaba, Mali.

  • Juillet – aout 2012

Ecole d’été à P.A.R.T.S

  • 2003 – 2011

Formation permanente à l’espace Donko Seko, atelier de danse contemporaine et de recherches chorégraphiques, dirigé par Kettly Noël.

ASSOCIATION – MEMBRE

Cofondateur de l’association « Copier Coller », formation de jeunes à la danse et aux techniques audiovisuelles – Sabalibougou Bamako, Mali.

copier8coller@gmail.com

Membre du conseil international de la danse.

LANGUES

Bambara : parlé

Français : parlé, lu et écrit

Anglais : parlé, lu et écrit