AFRICANITE ET DOMINATION

Ce texte est paru dans le n°41 de la revue  Africultures (octobre 2001) intitulé « L’africanité en questions ».

« Comment, en tant qu’auteur, vous placez-vous par rapport au concept d’africanité ? » La question est posée par Sylvie Chalaye aux dramaturges Kossi Efoui, Koffi Kwahulé et Caya Makhélé lors d’une table ronde d’Africultures, à l’Univertité de Rennes 2, le 13/01/1999. Titre du débat : « Africanité et création contemporaine ». Question ou injonction identitaire ?

Kankou Moussa, empereur du Mali au XIVe siècle, dans une carte catalane d'avant la domination occidentale sur l'Afrique

Kankou Moussa, empereur du Mali au XIVe siècle, dans une carte catalane d’avant la domination occidentale sur l’Afrique

 » De l’homme, on exigeait une conduite d’homme. De moi une conduite d’homme noir.  » (Frantz Fanon)

La question de l’africanité ne se pose pas en général. Elle se pose dans des situations particulières. Dans le débat de Rennes, elle se présente comme une question posée à des écrivains qui font la littérature contemporaine de l’Afrique, question qui n’a pas d’équivalent pour les écrivains qui font la littérature française d’aujourd’hui. On ne demande pas à un écrivain français de se justifier sur la francité de son écriture, tout simplement parce qu’on sait sans même y penser que cette francité, c’est lui qui en est l’auteur. Du coup, nul besoin qu’il s’encadre dans une francité qui lui serait antérieure, extérieure, qui existerait sans lui. Nul besoin non plus qu’il se justifie d’en être.

Comme tous les écrivains qui participaient au débat l’indiquent, la question de l’africanité n’est pas une question littéraire. Elle est une question politique, un piège politique. Elle est un piège parce qu’elle est « mise en question » par le vainqueur, mise en question du vaincu au profit du vainqueur. L’africanité n’est pas une question, c’est une réalité toute simple, comme la francité. C’est pour une personne vivante le fait d’être construite par une de ces lignées humaines qui se sont construites en Afrique. L’africanité n’est pas une valeur. C’est un fait. Elle n’est pas une référence, elle est un résultat. Pour le meilleur ou pour le pire. Il y a des millions de personnes qui sont construites par une de ces lignées humaines qui se sont construites en Afrique. Il y a des auteurs qui sont construits de ça, qui construisent de ça. A ceci près, comme l’indique Koffi Kwahulé, qu’africanité est une notion trop vaste, trop floue. Je parlerai pour ma part de ce que je connais un peu, le Mali, pays dont est ma femme, dont mon fils a la nationalité, et dont je suis aussi, si toutefois on m’accorde d’avoir pu, quoique Blanc, être concrètement construit par cette lignée humaine, en même temps que par celle de mes parents français. Lire la suite

Publicités