THEATRE ET TENSION – créer dans Bangui sous couvre-feu

30 octobre 2015. Toute la journée, le tournoiement des hélicoptères et le crépitement épisodique des armes à feu ont rappelé à qui aurait voulu s’en évader les atroces règlements de compte qui secouent la capitale centrafricaine. L’Alliance française de Bangui décide d’y montrer malgré tout, à 16h, « La soupe de Sidonie »[1], spectacle inspiré d’une pièce de kotèba[2] créé il y a dix ans par la compagnie malienne BlonBa[3].

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L’acteur qui joue le rôle principal –celui d’un chef de famille musulman rêveur et désabusé – est chrétien. Il vit non loin du quartier de Fatima où, ce jour-là, se concentrent les événements meurtriers qui opposent des protagonistes des deux confessions. Il laisse dans les coulisses le téléphone qui le relie à sa famille restée là-bas, entre sur scène. Comme on dit au théâtre, il n’est pas tout à fait là. Le texte s’évapore, revient. Le jeu prend néanmoins. Il prend avec le public, très « mis en jeu » comme le veut la lignée théâtrale du kotèba, mais beaucoup de spectateurs gardent leur portable en main, vibreur aux aguets. Lire la suite

ALA TE SUNOGO SELECTIONNE POUR LE MASA 2016

Le spectacle de BlonBa Ala tè sunogo (Dieu ne dort pas) représentera le théâtre malien au MASA 2016 (Marché des arts du théâtre africain, à Abidjan RCI). Cette pièce fait en effet partie des 13 spectacles de théâtre retenus pour l’édition 2016 de cette importante manifestation. Je l’ai écrite à la suite de la fermeture de notre belle salle de théâtre bamakoise, due en grande partie à ce qu’on nomme pudiquement la « mal-gouvernance ».

(Fin de la pièce : Après un procès clownesque, un juge décrète la fermeture de la salle de spectacle que dirige le personnage de Cheickna. Bougouniéré, une femme du peuple, et sa fille Goundo, veulent s’y opposer, mais abattu par le découragement, Cheickna feint de se convertir, avec une ironie amère, à la corruption généralisée qui a causé sa chute)

LE JUGE D’INSTRUCTION : La multi-culpabilité étant reconnue par l’impétrant, je place la salle du Kotèso sous contrôle judiciaire avec interdiction d’y entrer ou d’en sortir. Lire la suite