GUERIR DE LA DEMOCRATIE ou GUERIR LA DEMOCRATIE ? à propos d’une tribune du Pr Issa N’Diaye

« Guérir de la démocratie »[1]. Tels sont les mots provocateurs que le professeur Issa N’Diaye a choisis pour titrer une riche contribution à la réflexion sur les questions institutionnelles qui travaillent notre monde post moderne et post impérial. Dans le corps du texte, cet intellectuel malien à l’esprit libre, incisif, contestataire et respecté, précise son appel à la « guérison », qui ne concerne pas l’esprit démocratique en lui même – tension politique vers l’émancipation des individus et des sociétés – mais ce qu’il nomme « modèle néolibéral de démocratie ». Non pas « la » démocratie comme inspiration, mais une des formes dans lesquelles s’est incarnée cette inspiration, la façon dont le règne occidental l’a incorporée à ses institutions, puis en a fait le modèle universel. Permettez-moi, cher professeur Issa N’Diaye, de tenter une petite visite comparée sur ce que j’ai compris de la façon dont ces questions ont pris forme dans les deux pays où ma vie s’est façonnée, la France et le Mali. Et corrigez-moi si vous le jugez utile 

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J’ai lu l’analyse du professeur Issa N’Diaye comme une double invitation. La première s’adresse à l’Afrique empêtrée dans un modèle démocratique fait pour d’autres et l’invite à se tailler un costume institutionnel à ses mesures. La seconde suggère aux sociétés occidentales elles mêmes de revisiter leurs institutions représentatives, de plus en plus impuissantes à faire vivre l’inspiration émancipatrice de la démocratie face notamment à la tyrannie de la finance ou à la montée des populismes. Quels usages de la liberté, quelles institutions organisatrices, quelles formes de gouvernement… Questions posées à toutes les sociétés.

D’abord quelques points de l’histoire politique de la liberté vue depuis le Mali.

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LA CHARTE DU MANDEN – Serment des donsow

Texte traduit d’une tradition recueillie auprès d’un membre des confréries de chasseurs-donso par Youssouf Tata Cissé

La fondation du Mali classique (Manden) au XIIIe siècle est marquée par le congrès réuni par Soundiata Keïta, son souverain, pour établir les règles de vie applicables dans ce vaste ensemble politique. Le texte ici proposé, rédigé sous la forme d’un serment, en est en quelque sorte un résumé transmis par les confréries donso auxquelles appartenaient Soundiata et beaucoup de ses lieutenants

Une image de Diabali Konaté pour une exposition consacrée à Soundiata Keïta (Bordeaux sept.-oct. 2015)

Une image de Diabali Konaté pour une exposition consacrée à Soundiata Keïta (Bordeaux sept.-oct. 2015)

Le Manden (1) a été fondé sur la concorde et l’amour,
Sur la liberté et la dignité,
Sur l’entente fraternelle :
Il n’y a plus de préférence de race au Manden.
Sous notre lutte, il y avait ces buts là.
Aussi, les fils de Sanènè et Kontron (2) donnent à l’adresse des douze parties du monde et au nom du Manden tout entier cette proclamation.

1 – Nous disons :
Toute vie est une vie

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