LE DISCOURS QUE N’A PAS PRONONCE JEAN-LUC MELENCHON

23 avril 2017. Premier tour de l’élection présidentielle qui portera Emmanuel Macron à la tête de l’Etat. J’ai personnellement voté avec le courant de la France insoumise pour Jean-Luc Mélenchon. Cette force alternative atteint presque 20 % des voix, une progression saisissante. Mais, après une longue attente, Jean-Luc Mélenchon fait une curieuse déclaration. Dépité, amer, proche de contester les résultats annoncés, il assume le risque de ne pas appeler à donner le plus faible score possible au Front National, qualifié pour le second tour, en usant du seul bulletin encore à disposition et qui porte le nom d’Emmanuel Macron. Il n’indique pas même ce que lui fera. Durant plusieurs jours et malgré la gravité de l’enjeu, il se mure dans le silence. Ce choix dépressif n’était pas le seul possible. La petite fiction politique proposée ici en imagine un autre. Pour alimenter un débat qui survit à l’élection.

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Chers compatriotes, chères sœurs et frères qui ne partagez pas notre nationalité mais contribuez éminemment par votre travail au bien être de notre pays,

Si vous me voyez devant vous si détendu, presque joyeux, c’est parce que ce scrutin porte quatre bonnes nouvelles. La première excellente nouvelle – permettez-moi de m’en considérer comme partie prenante – est très inattendue si l’on se place seulement quelques semaines en arrière : la claire contestation de l’ordre capitaliste retrouve sur mon nom une position équivalente à celle de la droite classique et très supérieure à celle du parti socialiste. Je ne vous infligerai pas le pensum de détailler les chiffres, mais allez voir, vous découvrirez que dans beaucoup de collectivités, la France insoumise fait la course en tête ; c’est donc possible. Deuxième excellente nouvelle : le Front National de Marine Le Pen, qu’on annonçait en première place depuis plus d’un an, est significativement dépassée par un candidat dont on sait que je ne partage pas les options, mais qui a participé comme moi à des gouvernements socialistes et fait partie de ce qu’il est convenu d’appeler « l’arc républicain ». Troisième bonne nouvelle, le nouveau cours du monde a bousculé les deux anciens partis qui se pensaient inamovibles et nous contraignaient à l’éternelle répétition du même. Quatrième bonne nouvelle, beaucoup de nos compatriotes de droite ont déserté leur candidat naturel pour des convictions morales qui les honorent et qui honorent notre peuple.

Je suis déçu, je ne vous le cache pas, de ne pas être au second tour. Il s’en est fallu de peu. Lire la suite

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LETTRE A UNE AMIE TENTEE PAR LE VOTE FRONT NATIONAL

Chère amie,

J’ai compris, lors de notre dîner de l’autre soir, qu’aux élections prochaines, tu étais tentée de voter Front national. J’en ai été surpris, parce qu’il nous est arrivé dans le passé d’être politiquement relativement proches. Et j’essaye de comprendre. Tu vis dans une bourgade que je connais bien dont la quasi totalité des habitants se définissent spontanément comme « Français de souche ». 

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Des Blancs quoi, avec des noms du terroir. Des gens « comme toi et moi ». Le FN y fait régulièrement 45 % des voix (dont la tienne ?) Je t’ai interrogée sur ce vote marqué par la crainte de l’immigration dans un bourg où on ne la voit pas. Tu m’as répondu ceci : « Le mois passé, je suis allée à Paris. J’ai pris le métro, la ligne 2 entre Montreuil et Barbès. J’ai regardé le visage des gens. J’ai compté. J’ai eu le sentiment de ne plus reconnaître mon pays. Ça m’a fait peur. » J’ai eu un peu de mal à te faire dire clairement ce qui, sur ces visages, provoquait le sentiment de n’être plus chez toi. Tu sais bien qu’une partie de ma famille n’a pas ce que les gens de ton coin qualifieraient de visages « bien de chez nous ». Mais je l’ai dit à ta place – visages noirs, type arabe, yeux bridés – et tu as acquiescé. Puis j’ai évoqué avec toi le visage de mon fils, dont la maman est malienne, et tu m’as répondu : « Oui, mais lui, c’est différent ». J’ai ri. J’étais fatigué. Nous en sommes restés là. Lire la suite