ESPACE LIBRE – réflexion sur l’art dans la rue

 

La Fédération nationale des arts de la rue publie un « Manifeste pour la création artistique dans l’espace public ». Cet organisme m’a demandé un texte, que je mets ici à disposition de celles et ceux que ce sujet intéresse. J’y croise mes réflexions sur la gratuité, sur l’univers marchand et sur l’art autour d’une urgence : maintenir l’existence et le fonctionnement propre d’espaces qui n’appartiennent pas à quelqu’un mais à tous, y faire vivre en commun des moments d’imaginaire partageables sans ticket. J’espère que cette lecture incitera ceux qui y auront trouvé du plaisir à acquérir un document très suggestif qui intègre de nombreuses contributions.

Le libre accès à l’espace public – sa gratuité – est intimement lié à une caractéristique fondamentale de l’être humain : nous sommes des êtres sociaux. Certes, nous avons tous une vie privée et besoin pour la conduire d’espace privé. Besoin d’un chez-soi. Mais avec la même urgence, il nous faut des espaces communs, ne serait-ce que pour aller d’un chez-soi à un autre. Les deux types d’espaces ont chacun des fonctions propres, des joies et des peines imprégnées de leur poésie propre. Cette dualité s’est naturalisée dans nos imaginaires. Nous trouvons spontanément normal de payer un loyer pour aller de la chambre au salon et de déambuler sans péage dans les rues de nos villes.

Ça peut parfois grincer

Il y a aussi des « parties communes » dans les immeubles privés, lieux de passage qui sont régis par des « règlements de copropriété ».

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2020, LA FIN DES FINS abolition de la propriété intellectuelle

 

A l’occasion des Rencontres européennes de l’Adami, texte publié par l’Adami et l’Irma dans l’ouvrage collectif « Artistes en 2020 »

Vœu pour 2020. On ne dit plus « diminution du temps de travail », mais « développement de la libre activité ». À une mesure sociale – soulager la fatigue du travailleur – s’est substitué un objectif politique, l’émancipation du temps humain. Il est vite apparu, mais les amoureux s’en doutaient déjà, que la part essentielle de l’existence ne pouvait ni se vendre, ni être déléguée au pouvoir d’un autre. 

C'est dans l'atmosphère proustienne du Grand Hôtel de Cabourg, le Balbec de La Recherche, que se sont tenues ces

C’est dans l’atmosphère proustienne du Grand Hôtel de Cabourg, le Balbec de La Recherche, que se sont tenues ces « Rencontres européennes de l’Adami ».

La fin de l’artiste

la fin des années 1940, un jeune homme établit son échoppe de photographe à Bamako, chef-lieu du Soudan français. Son nom est Seydou. Seydou Keïta. Il a bonne réputation, il se fait une clientèle. Notabilités polygames, jeunes zazous, anciens combattants, couples d’amoureux, les clients de Seydou Keïta, quand ils souhaitent se faire tirer le portrait, vont à l’échoppe du photographe, s’installent devant un fond choisi, clic clac merci Kodak et le tour est joué. Les images, les grandes images nées de ce petit commerce sont destinées aux murs des maisons de pisé, aux albums qu’on montre à la parentèle. Elles font du bien à l’œil de ceux qui les voient et qui sont tout-un-chacun.

Les années passent. Le XXe siècle s’épuise. En 1991, Françoise Huguier, photographe française reconnue, rencontre Seydou Keïta. Françoise Huguier a le regard suffisamment propre, suffisamment libre pour voir la puissance des clichés pris dans l’échoppe et c’est rare. « Curieux », « amusant », « sympathique », ça oui, ça on peut l’entendre. Mais s’affranchir du GPS mondain qui balise les jugements du pouvoir culturel occidental, prendre le risque de lier sa réputation à celle d’un photographe de quartier, c’est rare. Donc bravo ! Sauf qu’une histoire plus lourde et qui nous traverse tous va tordre sans retour possible la vérité de ce pur regard posé sur les portraits bamakois. Lire la suite