CAMARADE MELENCHON, qu’est-ce que les Lituaniens t’ont fait ?

Pardonne-moi, camarade, de te tutoyer. Nous ne nous connaissons pas, mais sommes du même bord. Pardon aussi d’user parfois d’ironie. Ça permet aux mots de rester libres sans sombrer dans l’insulte. Je suis, comme toi, engagé pour une alternative au règne de l’argent-fou. J’ai voté pour toi et si l’occasion se présente, il est fort probable que je recommence. Ta propension à faire le beau, le beau parleur surtout, fait partie de l’acceptable, même si j’avoue ne pas être très sensible à ta rhétorique. Ce n’est pas très grave. Tant d’autres l’aiment ! Mais dans ta longue interview à « Le 1 hebdo » https://le1hebdo.fr/journal/numero/174, tu abordes avec une érudition remarquée par la presse quelques questions historiques et philosophiques qui restent chaudes. Pardon, mais sur ces quelques questions, je vais te chercher des poux dans la tête.

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 La Renaissance

Tu dis : « J’ai rattaché notre mouvement à ses racines très profondes : l’époque où l’obscurantisme religieux commence à desserrer ses mâchoires de fer et où émerge la Renaissance, et avec elle un désir de liberté de pensée et de liberté politique. »

Non ! Cette vision de la Renaissance relève d’une myopie qui a semblé être dans la nature des choses jusque vers le milieu du siècle dernier, quand on pouvait encore croire à une histoire de l’humanité unique et vectorielle, conduite par les nations « avancées ». C’est fini.

Ton évocation de « l’époque où… » ne fait état que d’un versant de l’aventure. L’époque en question, c’est-à-dire les XVe et XVIe siècles ouest-européens (espace-temps, déjà !) enfante Erasme, Copernic, Montaigne, Masaccio, Galilée, Léonard, Shakespeare, c’est vrai. Mais en annonçant que la planète ne ressemble pas à la description qu’en donnent la Bible ou le Coran, qu’elle est sphérique et visitable, « l’époque » où tu rattaches le « mouvement » lance aussi sur les mers Christophe Colomb, Hernan Cortès, les premiers vaisseaux négriers et le brutal assujettissement du monde par une poignée d’humains à peau claire. De ce côté là du monde, on pourrait tout aussi bien parler d’une « époque où la domination occidentale et la suprématie blanche commencent à resserrer leurs mâchoires de fer et où émergent les atteintes les plus sombres contre la liberté : esclavage, colonisation, génocides… »

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(2) MACRON-TSIPRAS, MÊME DEBAT ? – Quoi après la fin de l’histoire unique ?

 

Macron consentant, Tsipras réticent prennent ou prendront l’un et l’autre des mesures dictées par l’ordre actuel des choses. Mélenchon, si sa France insoumise l’avait emportée, aurait été confronté à la même poix. Cela signifie-t-il que l’action politique transformatrice est vouée à l’échec et à la dépression ? Après « Le discours que n’a pas prononcé Jean-Luc Mélenchon » et une première réflexion sur l’étrange paradoxe qui rapproche le président français et le premier ministre grec (également dans ce blog), en voici une nouvelle étape. Objectif : débroussailler nos esprits de représentations périmées qui entravent l’efficacité de l’action politique émancipatrice.
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Nos esprits sont hantés par l’idée qu’il existerait « une » histoire,   vecteur unique tendu vers le progrès, parfois cahotant, chaotique, mais gradué et lisible. Les institutions engendrées par l’histoire politique de l’Occident – l’Etat territorial administré, puis l’Etat-Nation, puis l’Etat représentatif assimilé à « la » démocratie – seraient la forme accomplie du gouvernement des sociétés, quelles qu’elles soient, où qu’elles vivent. L’emprise progressive de la pensée déductive, analytique, rationaliste à qui l’on doit l’extraordinaire essor des sciences et des techniques impulsé depuis cinq siècles dans un affrontement victorieux avec les croyances en place tracerait « le » vecteur progressif de la connaissance. L’efficacité économique pensée comme la capacité à accumuler le plus possible de richesses marchandes et le plus rapidement possible, l’obsession de cette croissance-là électrisée par l’appétit sans fin d’un consumérisme universellement répandu et savamment encouragé seraient l’ultime barème « sérieux » des politiques publiques.

Même la (re)production du champ symbolique, et tout ce qui s’est représenté dans l’histoire unique sous le paradigme de l’art, n’échappe pas à cette vectorisation. Lire la suite

LE DISCOURS QUE N’A PAS PRONONCE JEAN-LUC MELENCHON

23 avril 2017. Premier tour de l’élection présidentielle qui portera Emmanuel Macron à la tête de l’Etat. J’ai personnellement voté avec le courant de la France insoumise pour Jean-Luc Mélenchon. Cette force alternative atteint presque 20 % des voix, une progression saisissante. Mais, après une longue attente, Jean-Luc Mélenchon fait une curieuse déclaration. Dépité, amer, proche de contester les résultats annoncés, il assume le risque de ne pas appeler à donner le plus faible score possible au Front National, qualifié pour le second tour, en usant du seul bulletin encore à disposition et qui porte le nom d’Emmanuel Macron. Il n’indique pas même ce que lui fera. Durant plusieurs jours et malgré la gravité de l’enjeu, il se mure dans le silence. Ce choix dépressif n’était pas le seul possible. La petite fiction politique proposée ici en imagine un autre. Pour alimenter un débat qui survit à l’élection.

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Chers compatriotes, chères sœurs et frères qui ne partagez pas notre nationalité mais contribuez éminemment par votre travail au bien être de notre pays,

Si vous me voyez devant vous si détendu, presque joyeux, c’est parce que ce scrutin porte quatre bonnes nouvelles. La première excellente nouvelle – permettez-moi de m’en considérer comme partie prenante – est très inattendue si l’on se place seulement quelques semaines en arrière : la claire contestation de l’ordre capitaliste retrouve sur mon nom une position équivalente à celle de la droite classique et très supérieure à celle du parti socialiste. Je ne vous infligerai pas le pensum de détailler les chiffres, mais allez voir, vous découvrirez que dans beaucoup de collectivités, la France insoumise fait la course en tête ; c’est donc possible. Deuxième excellente nouvelle : le Front National de Marine Le Pen, qu’on annonçait en première place depuis plus d’un an, est significativement dépassée par un candidat dont on sait que je ne partage pas les options, mais qui a participé comme moi à des gouvernements socialistes et fait partie de ce qu’il est convenu d’appeler « l’arc républicain ». Troisième bonne nouvelle, le nouveau cours du monde a bousculé les deux anciens partis qui se pensaient inamovibles et nous contraignaient à l’éternelle répétition du même. Quatrième bonne nouvelle, beaucoup de nos compatriotes de droite ont déserté leur candidat naturel pour des convictions morales qui les honorent et qui honorent notre peuple.

Je suis déçu, je ne vous le cache pas, de ne pas être au second tour. Il s’en est fallu de peu. Lire la suite