LA REPUBLIQUE DES MOTS

Nadine Morano, dignitaire du parti Les Républicains, affirmait naguère que la France est « un pays de race blanche ».  Nicolas Sarkozy en remet une louche en nous prescrivant le modèle gaulois. On pourrait aller plus loin dans cette logique, affirmer avec des arguments historiques en béton que la France  est « un pays de l’espèce Néanderthal » dénaturé par les hordes afro-asiates des Cro-Magnon. Mais la construction non-raciale de notre histoire, de notre peuple et de notre République dispose d’un témoin indiscutable qui n’use pas de polémique : notre belle langue commune, le français.

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« Cet athlète portait un pantalon de coton à l’allure de pyjama. Le gaillard s’était caché dans un wagon de marchandises, au milieu des régimes de bananes, des sacs de sucre, des cageots de yaourt et des planches d’acajou. Arrivé au port du Havre, il quitta sa cachette pour se glisser sur un paquebot en partance pour le Mississipi. Peu de temps après, l’embarcation cinglait au milieu des vagues… »

Chacun le reconnaîtra, ces quelques lignes sont écrites dans les strictes règles de la langue française. A cent pour cent. Chacun des mots qui les composent participent avec la même légitimité à construire le sens du récit. Ils s’accordent en propositions, en phrases, en paragraphe et cette mise en commun construit la singularité d’une histoire qu’ils forment ensemble, qu’ils ne forment qu’ensemble. Chaque mot est citoyen de ce texte. Chaque mot met sa généalogie propre, son origine au pot commun, sans jamais cesser de former avec les autres la langue française. Imaginons maintenant que le racisme ambiant s’abatte sur ce petit roman. Lire la suite

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