LE SYSTEME DES ARRANGEMENTS esquisse d’analyse sur la corruption en Afrique

Ce texte a été écrit pour le Groupe Initiative Afrique à l’occasion de sa conférence titrée « Comment renforcer l’efficacité de l’Etat en Afrique ? », Yamoussoukro, RCI, novembre 2012

En bamanan, la langue la plus parlée du Mali, le terme employé en place du mot français « corruption » est yuruguyurugu. Ce vocable si expressif n’indique pas un pourrissement, mais les détours du deal en question : arrangements douteux, magouille, business

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Corruption ou arrangements ?

Le mot français corruption signifie d’abord pourrissement. Il présuppose un corps sain, un corps reconnu sain, et que gangrèneraient des germes de putréfaction. L’Etat à l’occidentale règne désormais partout. Il est devenu, par la force des armes et de l’argent, la forme obligatoire de la représentation politique, le seul dépositaire reconnu de la souveraineté. En Occident même, il est puissamment intériorisé, fétichisé souvent, spontanément vécu comme l’organe de l’intérêt général, quoique des expériences quotidiennes et répétées relativisent cette croyance. L’Occident croit spontanément dans l’Etat parce qu’il est l’enfant de son histoire politique. Quand la cupidité privée porte atteinte à sa pureté politique (ce qui est aujourd’hui fréquent), c’est la nation qui est touchée. Le corrompu ou le corrupteur démasqués se heurtent à un processus unanime de rejet. Sans circonstances atténuantes.

Les Etats d’Afrique sont tous hérités d’administrations coloniales. L’Etat colonial régnait non sur des citoyens, mais sur des « sujets » coloniaux. Dribbler l’Etat de l’occupant, le contourner, ruser avec lui, le flouer, se payer sur la bête était un jeu patriotique, une forme de résistance. Lire la suite