UN APPEL DE NUIT le dossier

Une pièce de l’auteur malien Moussa Konaté, création à Bamako les 9 et 10 septembre 2016 par la Cie malienne BlonBa en co-production avec la compagnie suisse Askenè, direction Simone Audemars et le théâtre de l’Arlequin (Morsang-sur-Orge, 91, France)

 « Après une conversation pleine de pudeur et de retenue, Moussa me dit : avoir le cul entre deux chaises n’est pas facile ! Et le demi-sourire est devenu un grand sourire. Une pudeur lumineuse. Je lui ai dit : un jour, il faudra que je monte cette pièce ! »

Patrick Le Mauff, metteur en scène

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         La nuit, dans un quartier de banlieue, un téléphone sonne. Doulaye, la cinquantaine, va répondre. C’est sa sœur Alima… Elle habite un autre appartement, quelque part non loin de là ; et pourtant ils ne sont pas vus depuis longtemps. Tendre complicité entre deux êtres à la fois si proches et si distants, marqués au plus profond d’eux-mêmes par une jeunesse douloureuse partagée entre des parents à l’étroit dans leur statut d’immigrés et une volonté viscérale de vivre pleinement au rythme de ce pays qui les a accueillis et qui est devenu le leur…

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Moussa Konaté

CREER UN APPEL DE NUIT : UNE HISTOIRE AU LONG COURS

Patrick Le Mauff, comédien, metteur en scène, ancien directeur du festival des Francophonies en Limousin (Limoges) croise l’aventure de BlonBa depuis près de 15 ans. Il a mis en scène trois spectacles de la compagnie malienne : Bougouniéré invite à dîner, Sud-Nord le kotèba des quartiers, Vérité de soldat. Aujourd’hui, il revient vers elle à travers un texte avec lequel il a une longue histoire commune, presqu’une dette. Il raconte ici la genèse et les perspectives de ce projet…

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Patrick Le Mauff

LA PROMESSE

En septembre de l’année 2000, alors que l’on venait de me confier la charge de conduire le festival international des francophonies en Limousin, j’ai fait une lecture publique de la pièce de Moussa Konaté : Un appel de nuit.

L’équipe technique du festival avait aménagé un lieu nommé l’Orangerie et pour qu’il évoque un espace de calme et de concentration, au lieu des chaises habituelles destinées aux spectateurs, de vastes et soyeux tapis les attendaient, avec bien sûr, quelques fauteuils en appoint pour les personnes qui se seraient trouvées en inconfort dans une position à même le sol.

Je revois encore Moussa parmi le public. Tranquillement assis en tailleur, un demi sourire dessiné sur son visage.

A la fin de la lecture et une fois que la majorité du public fut partie, j’ai échangé longuement avec lui, sur cette histoire qui est aussi la sienne, puisqu’il a vécu en France les dernières années de sa vie. Après une conversation pleine de pudeur et de retenue, il me dit : avoir le cul entre deux chaises n’est pas facile ! Et le demi-sourire est devenu un grand sourire. Une pudeur lumineuse.

Je lui ai dit : un jour, il faudra que je monte cette pièce !

 Nous en sommes restés là et par la suite nous nous sommes côtoyés pendants six années à Limoges. J’ai même eu la chance, lors d’un voyage au Mali, de visiter sa maisonnée en sa compagnie, la petite gare dont son père était le chef et le quartier de Banconi à Bamako, où il situait les enquêtes du commissaire Habib dans ses romans policiers.

Lorsque Moussa est décédé, il y a un peu plus d’un an, la première pensée qui m’est venue fut : je n’ai pas tenu ma promesse.

 Aujourd’hui, seize années après, et même si Moussa n’est plus là, je veux lui rendre hommage en tenant ma promesse. Oui, pour lui, ses enfants, la petite gare de Kita dont il trouvait triste qu’elle ne fût plus fleurie comme au temps de son défunt père, pour la douceur de la conversation entre un frère et une sœur qui refont en une nuit le chemin inverse de leur vie en scrutant chaque événement pour comprendre pourquoi ou comment ils en étaient arrivés là. Et pour tous ceux, qui, comme Moussa ont le cul entre deux chaises.

L’équipe

Depuis plusieurs années, je suis invité à collaborer avec une équipe qui s’appelle Blonba (on pourrait aussi dire compagnie, mais j’aime ce terme un peu sportif !). Nous avons déjà réalisé trois spectacles en commun dont le dernier en date fut produit par Wajdi Mouawad quand il était encore directeur du théâtre français d’Ottawa : Vérité de Soldat. Spectacle joué au Canada, en France, au Luxembourg, au Mali et au Bénin.

C’est avec ces mêmes gens que nous allons réaliser cette œuvre. Nous nous connaissons bien, nous avons appris à comprendre ce qui nous sépare et ce qui nous lie, nous avons donc appris à vivre ensemble.

Je vais avoir grand plaisir a retrouver, Michel Sangaré, Maïmouna Doumbia, Diarrah Sanogo, Hamadoun Kassogué, Ndji Traoré, Alioune Ifra N’Diaye, Jean-Louis Sagot Duvauroux, Drissa Samaké, Youssouf Peliaba, Youssou Dian.

La distribution

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Maïmouna Doumbia (Alima) – Hamadoun Kassogué (Doulaye)

 La pièce est composée sur la structure d’un long coup de téléphone entre Doulaye et sa sœur Alima, et celui-ci vient à être coupé par des flash-back où nous les retrouvons en compagnie de leurs parents. La pièce les montre dans leur pleine adolescence. J’ai choisi de faire jouer aux mêmes acteurs leur jeunesse et leur âge mur. Hamadoun Kassogué et Maïmouna Doumbia incarneront le frère et la sœur. Diarrah Sanogo et Michel Sangaré donneront vie à leurs parents.

Patrick Le Mauff

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Michel Sangaré (le père) – Diarrah Sanogo « Bougouniéré » (la mère)

BLONBA, L’ECRITURE, LE MALI, L’EMIGRATION

 UNE NOUVELLE ETAPE DANS LE PROJET DE BLONBA

Pour BlonBa, l’aventure artistique d’Un appel de nuit représente une nouvelle étape. La compagnie avait jusque là fonctionné en troupe, mettant sur scène les spectacles écrits par ses fondateurs, Alioune Ifra Ndiaye et Jean-Louis Sagot-Duvauroux, textes souvent enrichis par un travail collectif. Cette fois, c’est la pièce d’un auteur extérieur à la compagnie, dont d’ailleurs il suivait avec intérêt le parcours. Patrick Le Mauff se sentait une dette par rapport à l’écrivain, comme il l’explique ci-dessus. Le Mali aussi en a une. Le pays a perdu l’habitude du livre et de la lecture et Moussa Konaté a vécu un double exil : l’exil des lettres, l’exil des paysages. Donner à voir une de ses pièces au public malien est une façon posthume de l’accueillir au pays natal, de l’y honorer. Et c’est justice pour ce grand auteur au sourire inquiet.

Ce pas de côté est aussi l’occasion d’un regard sur un Mali des lointains, celui qui a rompu les amarres avec la vieille terre du Manden et est venu se fondre dans les villes de France, offrant à ce pays des couleurs et des patronymes qu’il ne se connaissait pas.

SUR UNE URGENCE DE NOTRE TEMPS

Le projet de monter Un appel de nuit ouvre le répertoire de BlonBa sur le peuple de l’émigration, sujet que la compagnie n’avait jusque là qu’effleuré (Sud-Nord, le kotèba des quartiers). Il le fait dans un temps où les esprits se recroquevillent et souvent s’aveuglent. Il ouvre une brèche dans la carapace, donnant à voir l’intimité de la fusion problématique dont sont désormais issus tant de jeunes Français.

Cette invitation à la rencontre travaille une urgence de notre temps. Le spectacle sera vu au Mali, où il aidera le public du pays à entendre les mouvements de l’âme qui travaillent leurs cousins d’Europe et qu’il a souvent du mal à comprendre, à accepter. Il sera vu en France, en Suisse, on l’espère dans d’autres pays d’Europe et y ouvrira les esprits sur l’aventure humaine de familles emportées par la mondialisation des destinées, de femmes et d’hommes qui ont pris racine dans leur terre de voyage.

 

LA PRODUCTION ET L’AGENDA

 La création d’Un appel de nuit se fait en co-production entre la compagnie BlonBa et la compagnie suisse Askené que dirige Simone Audemars. Cet attelage Sud-Nord correspond bien à la nature du projet et est un gage de succès pour la diffusion internationale du spectacle. Patrick Le Mauff et toute l’équipe de BlonBa expriment ici leur gratitude à Simone Audemars pour son engagement qui permet de lancer la production du spectacle sans attendre.

 Les répétitions se sont déroulées à Bamako au mois d’août 2016 pour une création les 9 et 10 septembre en septembre dans la capitale malienne. Une tournée dans les pays francophones d’Europe est en cours de préparation pour le début de la saison 2017-2018.

 

A BAMAKO, NAISSANCE D’UN THEATRE DE LA CONVERSATION

Jean-Louis Sagot-Duvauroux, essayiste et dramaturge, co-fondateur de BlonBa avec Alioune Ifra Ndiaye a suivi la création d’Un appel de nuit. Il livre sous ce lien ses impressions et met l’accent sur une puissante novation théâtrale, en accord avec l’émergence d’une universalité fondée non sur l’alignement, mais sur la conversation.

A BAMAKO, NAISSANCE D’UN THEATRE DE LA CONVERSATION

 

BLONBA : 18 ANS DE CREATION THEATRALE AU MALI

 BlonBa est une structure artistique indépendante créée à Bamako en 1998 par Alioune Ifra Ndiaye, son directeur, et Jean-Louis Sagot-Duvauroux. En 17 années d’existence, sa compagnie théâtrale a produit ou coproduit vingt spectacles de théâtre, dont quinze ont connu une diffusion internationale. Des dizaines de milliers de personnes ont ainsi pu applaudir en direct les artistes du Mali au Mali même et dans le monde à l’occasion de centaines de représentations. Quatre des créations théâtrales de BlonBa ont bénéficié de captations audiovisuelles de qualité qui ont donné lieu à des diffusions multiples sur Tv5 et d’autres chaînes francophones et africaines (Bougouniéré invite à dîner, Sud-Nord le kotèba des quartiers, Bama saba, Vérité de soldat – http://www.copat.fr).

 Les spectacles de Blonba ont été accueillis dans 9 pays de 3 continents, souvent par des institutions prestigieuses. En Afrique, le FITHEB, Casamance en scène, le Festival sur le Niger, le Masa. En France les centres dramatiques nationaux d’Aubervilliers, de Montluçon ou d’Angers, les Bouffes du Nord à Paris ou le Grand T à Nantes, les scènes nationales de Dieppe, Valenciennes ou Cavaillon, les festivals Sens interdit, Automne en Normandie, Francophonies en Limousin. Au Canada le centre national des Arts d’Ottawa, En Belgique le théâtre de la Place à Liège. Au Luxembourg le Centre international de rencontre de l’abbaye de Neumunster…

Pour en savoir plus : http://www.blonbaculture.com/pdf/textes/blonba-15-ans.pdf

Contacts

Blonba – E 1772, Bamako, Mali blonba@blonbaculture.com

Direction Alioune Ifra Ndiaye alioune@blonbaculture.com

Direction de production Drissa Samaké

samakedrissa@yahoo.fr 223 76 48 12 44/66 89 12 41

Antenne en France

Direction Jean-Louis Sagot-Duvauroux

jean-louis@blonbaculture.com 33 (0) 6 76 68 34 81

Direction de production Anne Sorlin anne@blonbaculture.com 33 (0) 6 72 81 31 35

 

LE TEASER

QUELQUES PHOTOS DES PREMIERES REPRESENTATIONS

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